Préface

 

 

 

 

Dans le joli village de Ria niché au pied de la célèbre montagne "Le Canigou", orgueil des Catalans de ce côté des Pyrénées Orientales, on peut voir, un grand  écriteau sur les murs de pierre d'une maison semblable aux autres, tout à côté de la lourde porte en chêne vieillie par les ans, sur lequel une inscription faite au couteau disait :

Ici est né Wilfrid d'Arria dit aussi Sugwiefred, Comte de Barcelonne et Marquis de la Marcha de Gothieu, ascendant des rois de Majorque, d'Aragon, de Castille et de Navarre et de Marguerite de Provence, épouse de St Louis de qui naquirent les Bourbons de France, d'Espagne, de Naples et de Parme"

 Dans cette même maison, naquit, en l'an de grâce 1907 Jean Rivole, simple citoyen,  lequel, malgré son attachement à son village natal, le quitta pour suivre des études d'Ingénieur en bâtiment, qu'il devint, grâce à sa propre volonté et aussi à celle de ses parents qui, détachés des contingences culturelles ordinaires du milieu dans lequel ils vivaient,  avaient voulu donner à leur fils, la possibilité d'accéder à une existence plus privilégiée.

 

Voici l'histoire de Jean de Ria, enfant du pays de la Catalogne que le destin amena loin de ses racines et qui y revint un jour.............. pour toujours !

 

 

 

 

                  Chapître 1

   

               La Vie au village

 

 

Ce 29 Novembre 1907, Ria vivait un jour comme les autres mais..... pas pour tout le monde !

 

La fin de l'automne approchait et, en Roussillon, à cette époque là, la température est ordinairement clémente.

Dans cette vallée de "La Têt", le vent n'y a pas accès. Cette rivière, venant de Cerdagne, impétueux torrent dans les défilés, coléreuse en hiver, emportant avec elle roches et rochers arrachés aux Pyrénées, apparaît paisible quand elle quitte la montagne et  aborde la plaine et se déroule, tranquille, au bas du village qui marque l'entrée de la plaine du Roussillon d'une richesse agricole fort bien exploitée et qui s'étend jusqu'à la mer.

Le village était célèbre pour son histoire.

Âgé de plus de 2000 ans, il subit l'invasion romaine 150 ans avant Jésus Christ. Ils avaient jugé de suite de l'importance stratégique de ce village que, dès le défilé des Pyrénées, ouvrait sur la plaine 

 Il le baptisèrent Arrianum, et bâtirent une tour de guet et d'observation sur le haut de la colline dominant le village.

 Au moment de la décadence romaine, les Goths leur

succédèrent et ce paisible village connut tous les aléas des puissances voisines.

D'abord propriété des Abbés de St Michel de Cuxa pendant 800 ans, puis appartenant à l'Evéché de Narbonne pour passer ensuite à la couronne royale de France sous Charlemagne et enfin envahi par les Maures et les Espagnols.

 

la suite d'une guerre sanglante entre Espagnols et Français, les Comtes d'Arria et leur troupes, finirent par sortir vainqueurs et, finalement, malgré de brèves incursions des espagnols qui convoitaient toujours le Roussillon et avec le consentement des Catalans,  le Roussilon fut attribué à la France, en 1659 par le traité des Pyrénées

Le village fut débaptisé et appelé Arria qui devint plus tard, par simplicité, Ria.

D'abord tour romaine, transformé ensuite en château par le Goths, celui devint la demeure des Contes d'Arria

Beaucoup de célébrités séjournèrent au Chateau des Contes d'Arria : les rois de Majorque et d'Aragon, le petit fils de Charlemagne, le conte de Barcelone........

En cet an 1907, au sommet de la colline, ne restaient, du Château, que des ruines qui pleuraient au milieu des ronces et des broussailles.

Il avait subi les outrages des ans et des guerres mais il avait aussi servit à consolider ou à reconstruire avec ses lourdes pierres quelques maisons qui avait également souffert des mêmes causes.

 

Dans ce petit village qui comptait environ 700 habitants vivaient des paysans, agriculteurs, horticulteurs marchands ambulants et tous ces vieux métiers disparus qui ne laissent plus, aujourd'hui, que des façades décrépies aux enseignes effacées.

Autant de minces témoignages d'un passé qu''un siècle est venu balayer.

Ils vivaient tous de la même façon, ils avaient le même langage, celui qui se  dit avec le coeur et les gestes qu'l faut pour le dire et ils roulaient les "r" comme roulent les cailloux au lit des torrents.

Ils portaient les mêmes vêtements pratiques et rudes. ils  possédaient les mêmes lopins de terre, ceux qui sont près de la rivière, là où la terre est riche et fournit légumes et fruits en suffisance et aussi, à flanc de la colline,le bon raisin issu de la bonne vigne nourrie de soleil.

Ils étaient tous épicuriens aimant le bon vin et la bonne chère, noueux comme un cep de vigne, solides comme un roc. Les femmes participaient souvent aux travaux des champs tant que la maison était propre et la soupe faite.

Leurs maisons de pierres, toutes à deux étages, couvertes de tuiles en terre cuite rouge, se ressemblaient toutes. Bien alignées et serrées les unes aux autres, chacune d'elles offrant leurs ouvertures au grand soleil avec une vue sur le Canigou dont le sommet était couvert de neige une bonne partie de l'année A flanc de colline, elles donnaient sur des rues en pente, étroites, juste pour le passage des charrettes, pavées de grosses pierres ramassées au lit des rivières ou des torrents et qui résonnaient du rire et des jeux des enfants, du bruit des clochettes tintant au cou des animaux et ne connaissaient que le pas des chevaux, vaches et moutons ainsi que celui, paisible, des paysans qui rentraient des champs.

Elles étaient conçues sur le même modèle comme s'il y avait souci d'égalité..

Au rez de chaussée, il y avait une grande pièce qui tenait toute la surface de la maison. Elle faisait office de cave et et presque tous les villageois y logeaient un porc car il servait, en grande partie, de nourriture à toute la famille.

"On faisait le porc" une fois par an et ce jour là était un grand jour. Toute la famille participait.

Dès le petit matin, on dépeçait le porc et on en tirait côtes, côtelettes, entrecôtes et filets mignons  .

Toute  la journée et la nuit étaient occupées à la cuisson des "boutiffares", ces boudins catalans faits du sang et de la tête du porc et l'on préparait les saucisses, saucissons et jambons.

Puis, on entreposait tout çà au grenier où on les laissait sécher.

On n'en mangeait que le Dimanche car les familles étaient pauvres et ne pouvaient s'acheter qu'un porc par an.

Ce jour là, l'hiver, on dégustait une bonne "ouillade", plat typique catalan, sorte de pot au feu et de potée mélangée dont on se délectait et qui donnait lieu à de joyeuses réunions familiales.

Tout le monde se léchait les babines y compris chiens et chats et les "catalanades" - histoires et chansons catalanes - fusaient  pour la joie de tous.

L'été, c'était "la cargolade", régal de tous les catalans.

On ramassait les "cargols", escargots petits gris le long des chemins, après la pluie, on les faisait jeûner 3 semaines avec des branches de thym, de laurier et de romarin.

On préparait alors l'aïoli. pas celui de Marseille, peuchère ! Ils ajoutent un oeuf pour le faire monter plus vite et plus facilement, ces faienants !

Non ! en catalogne, l'aïoli se fait uniquement avec de l'aïl et de l'huile comme le dit son nom en catalan "ail i oli"  et aussi de l'huile de coude et de la patience car il faut bien compter une heure pour le réaliser.

Ce rôle était souvent dû à la grand'mère qui y prenait son temps.

Dans un mortier en marbre ou en bois d'olivier, on pile une gousse d'aïl entière à l'aide d'un pilon en bois d'olivier jsuqu'à obtenir une mousse crémeuse qui chante à la pilant. C'est un bruit très particulier :"Tchic, thic, tchic..." C'est alors qu'elle est prête à recevoir l'huile d'olive que l'on verse goutte à goutte en continuant de piler dans un mouvement tournant. Alors, on voit monter et s'affermir le mélange. Il ne faut surtout pas s'arrêter de tourner car l'aïoli n'aime pas çà, retombe et se décompose.

Lorsque l'aïoli tenait dans le bol renversé, il était fait et l'on en mettait un peu sur chaque escargot pour les parfumer. Ensuite, on les disposait sur un grand grill rond pour les faire cuire au feu de sarments de vigne. On les entendait crier, cà faisait une drôle d'impression mais l'estomac restait insensible. Quand on ne les entendait plus, ils étaient cuits.

On allait chercher le vin au tonneau qui régnait sur ses assises à la cave où il était préparé pour toute l'année.

C'était une horrible piquette mais c'était "le produit de leur terroir", "leur vin", celui qu'ils fabriquaient avec les raisins de "leur" vigne dans un vieux pressoir et il n'en était pas de meilleur.

On le buvait au "pourou", flacon en verre possédant un bec assez long et étroit qui permettait de laisser le vin glisser lentement directement dans la bouche.. Il y avait une manière de faire et certain le faisait chanter dans le gosier.

Un régal !

Après le repas, s'il faisait beau, le Dimanche se poursuivait par une "pétanque" animée sur la place du village et l'on trinquait ensuite, joyeusement, au vainqueur.

Sinon, on se réunissait pour un tarot, jeu de cartes qui se jouent à plusieurs

Les jours de  fête, sur la place du village, on dansait la "Sardane", ronde catalane que l'on fait en cercle en se tenant par la main au rythme des fifres, tambourins, des violons et de ce pipeau que l'on appelle "galoubet" et qui ouvre chaque morceau de musique. C'est un moment magique où la communion se fait par les mains et où les coeurs battent à l'unisson. 

Encore aujourd'hui,  elle demeure la danse traditionnelle catalane.

La journée se terminait au coin du feu devant lequel, transmises de génération en génération, les vieilles légendes se racontaient par la voix de la grand'mère, personnage très important de la famille.

Les hommes fumaient la pipe et les enfants écoutaient attentivement, bouche bée et la peur, parfois, au fond des yeux mais c'était tellement captivant.

Lorsqu'ils allaient se coucher, le nez sous la couette, encore tout imprégnés d'histoires fantasmagoriques, la maman venait leur chanter une berceuse du fond des temps. Ils s'endormaient alors mais leurs rêves étaient peuplés de fées, de sorcières et d'animaux étranges.

Dans la grande pièce du rez de chaussée, une cheminée rustique servait à la lessive du blanc. On la faisait à la cendre tous les Lundis.

C'était de tradition.

On faisait bouillir de l'eau dans un grand "parol" - sorte de grande bassine en étain - que l'on suspendait aux crémaillères de la cheminée. Puis, on versait l'eau bouillante sur le linge sale disposé dans un grand baquet en bois et sur lequel on avait mis des cendres de bois. L'eau s'écoulait par un orifice pratiqué en bas du baquet dans un autre baquet placé en dessous du premier. On jetait cette eau et l'on renouvelait l'opération jusqu'à ce que l'eau soit parfaitement claire. Quant au linge, il était d'un blanc éclatant qu'aucune lessive d'aujourd'hui ne pourrait atteindre.

Les couleurs se lavaient au grand lavoir situé sur la place du village où les femmes s'en donnaient à coeur joie des histoires plus ou moins véridiques engendrées par un tel ou une telle.

Le premier étage de la maison abritait la pièce à vivre ornée d'une belle cheminée de marbre blanc nervurée de rouge qui provenait des carrières du village voisin. On y accédait par un escalier très raide., 

C'est là que se réunissait la famille, tous les dimanches, au sortir de la messe.

Ce jour là, les hommes sortaient de l'armoire le costume, les chaussures noires bien cirées et les chaussettes blanches et les femmes oubliaient leur tablier pour revêtir "la robe du Dimanche".

La grande majorité s'en allaient à la messe et, au sortir,  tandis que les hommes se retrouvaient au bistrot pour le pastis traditionnel, les femmes s'activaient à la préparation du repas.

Elles prenaient dans l'armoire parfumée à la lavande, la belle nappe aux couleurs chatoyantes qu'elles disposaient sur la grande table de la salle à manger.

Tandis que les cloches sonnaient à toute volée, une bonne odeur, qui émanait des maisons, même en hiver quand les fenêtres étaient fermées, appelait à la dégustation de ces plats traditionnels dont la recette se propagea de génération en génération. Encore aujourd'hui, ils demeurent l'apanage et le régal des Catalans mais il semblerait qu'ils soient moins connus que la choucroute des Alsaciens et la poté des Auvergnats par exemple.

 A côté de cette pièce, on trouvait la cuisine avec son fourneau en fonte nourri au charbon de bois, ses casseroles en cuivre bien astiquées pendues au dessous d'une étagère sur laquelle les bocaux remplies d'herbe de cette Provence odorante laissaient échapper  toutes ces senteurs diffusées aussi  par les gousses d'aïl qui séchaient du plafond

Ensuite venait "la gatouille", petite pièce réservée pour faire la vaisselle, éplucher les légumes et préparer le repas, ce qui laissait la cuisine toujours propre et bien rangée. 

C'était au deuxième étage que les chambres étaient aménagées, une ou plusieurs selon la taille de la famille et sa composition. Très souvent  grands parents, enfants et petits enfants cohabitaient.

Tous les matelas, en été, étaient garnis de fanes de maïs qu'on faisait sécher au grenier et qui faisait un bruit épouvantable dès qu'on bougeait mais, fort heureusement, en hiver, on retrouvait le bon matelas épais de laine écrue.

La toilette se faisait dans la grande cuisine, près de la cheminée et, le Dimanche, on avait droit d'utiliser le grand baquet de bois qui servait de baignoire et l'on y plongeait tout entier laissant sur les tomettes en terre cuite rouge des éclaboussures de savon qui les faisait briller encore plus.

Au dernier étage, il y avait le grenier où étaient pendus les "charcutailles" mais on faisait aussi sécher, étalés sur des tables épis de maïs, figues et autres divers produits.

 

En ce temps là, il n'y avait pas de salle de bain, pas de machine à laver, pas de télévision , pas d'ordinateur, pas de portable, pas de grandes surfaces....

 Il y avait juste des femmes et des hommes qui vivaient simplement du fruit de leur travail, dans le respect de leurs coutumes et de leur  tradition et ils étaient heureux parce qu'ils se contentaient de ce qu'ils avaient. Leur vie étaient rudes mais ils n'en connaissaient pas d'autres et s'en accoutumaient. Quelques uns s'en allaient chercher fortune dans la grande ville mais la plupart revenaient toujours au pays car ils étaient attachés à leur terre natale comme le cordon ombilical qui lie l'enfant à sa mère même quand on l'a coupé.

 

Il y avait, au bas du village, en bordure de la voie ferrée qui reliait les villages avoisinants entre eux, une maison qui n'était pas tout à fait comme les autres. Une barrière rouge et blanche empêchait de traverser la voie

Elle était occupée par Lisa et Joseph, les parents de Jean qui avait quitté celle qui les abritait au flanc de la colline lorsque Joseph avait été nommé responsable de l'entretien de la voie ferrée et Lisa promue au rôle de garde barrière.

C'était une jolie maison de plain pied avec des fenêtres ornées de bacs remplis de fleurs de toutes les couleurs et de jolis volets verts.

Lisa adorait les fleurs et avait transformé le jardin en friche en une foison de fleurs de toutes catégories

Dans le fond du jardin, Joseph avait fait un potager qui permettait de nourrir la famille et avait planté une vigne au flanc de la colline là où il n'y a plus de maisons, et dont le raisin donnait la même horrible piquette mais, qu'est ce que çà pouvait bien faire, c'était le fruit de SA vigne et il s'en délectait.

 

 

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Chapître 2

 

                        La naissance de Jean

 

 

Ce matin là n'était pas comme les autres

 

Les volets verts de la maison d'en bas, la où vivaient Lisa et Joseph, le Bep comme on l'appelait, s'obstinaient à rester clos  et le soleil était levé depuis longtemps déjà.

Et pourtant, la Lisa se levait de bonne heure car elle aimait que le soleil inonde la pièce de ses premiers rayons.

Et ce matin là, on ne l'entendit pas appeler ses poules au grain.

On ne la vit pas cueillir ses fleurs pour embellir sa maisonnée.

Alors que chacun vaquait à ses occupations, qui dans les champs, qui dans les vignes, autour du lavoir, les langues allaient bon train :

- Tiens ! on n'a pas vu la Lisa ce matin

- Moi, je l'ai vu, hier, elle est devenue bien grosse et elle a bien du mal à marcher. Je crois que le petit du Joseph, tu sais celui qu'on lui dit "Le Bep", y va pas tarder à pointer son nez !

- "C'est vrai qu'elle est bien grosse et d'ailleurs, sitôt ses trois mois, elle aurait pas dû continuer à courir de droite et de gauche pour porter le linge propre à ceusss qui ont la flemme de le laver !

- Pour sûr ! elle est bien courageuse !

- Ouais et le Joseph, c'est un bon travailleur ! En voilà des qui méritent ! C'est pas comme cette fainéante de Jeanne qui n'a rien fait de ses dix doigts et qui profite qu'elle est jolie pour ce faire entretenir par le Pierre qui a des sous qu'il sait pas quoi en faire et qu'elle lui fait des cornes plus hautes que le clocher de l'Eglise

- Ah bon ! Tu trouves qu'elle est jolie toi ! Bé vé ! tu l'as pas bien regardée !

Si j'avais d'aussi beaux habits qu'elle, qu'elle s'en va les chercher à la ville, je serais encore plus jolie ! Et moi, je te dis que le Pierre, non seulement, il est cocu mais il est aveugle ! 

- C'était une bonne amie de la Lisa ! Pourtant çà fait longtemps qu'on les a pas vu ensemble !

- Pour sûr que c'était des amies ! Elles ont été dans la même classe, même que, déjà, la Jeanne, elle faisait enrager les pauvres garçons qui la badaient.

- Oui ! çà faisait rire la Lisa mais elle, elle était sage et peut-être que, depuis qu'elle a épousé le Bep et qu'elle travaille dur, elle n'a plus le temps de s'amuser  !

- C'est une bien gentille petite, toujours souriante, qui dit bonjour à tout le monde, et avec çà, toujours prête à rendre service.

- C'est comme sa mère, "La Rose", la Llabadourre (sage femme en catalan), elle est bien courageuse aussi. A son âge, elle va encore levé les bébés aux quatre coins du département et elle connait son métier !

- Ouais, la Lisa, elle a de la chance de l'avoir près d'elle !

- On a jamais su qui étaient ses parents et on dit qu'elle a grandi chez des gens qui l'avaient adoptée

- Ah ! bon ! et comment tu sais çà, toi ?

- Je le sais !.... et je sais même qu'un Monsieur, qui était député, a aidé la famille à élever Rose.

- Ah ! bon ! et comment çà se fait ?

- Cà se fait que ..... ben, il avait ses raisons ! et même que ce sont des raisons cachées ! qu'on en a jamais rien su !

- Oh !..... et tu crois que ................

- Moi ! je crois rien du tout ! D'ailleurs personne ne s'est posé la question parce que y avait pas de réponse et, ma foi, c'est comme çà que çà demeure un mystère et moi, ce que j'en dis !......

- Eh bé ! dis donc....

- Ben oui ! et même que ce Monsieur était venu au mariage de la Lisa et du Joseph................ Bon, allez, assez parlé ! Il faut que je m'en aille préparer la soupe à mon homme qu'il va pas tarder ! Salut !

- Tiens, voilà, le Joseph ! ..... Eh Bep ! où c'est que tu cours comme çà ?  Tu as le feu au derrière ?..........

- Je vais chercher la Llabadourre ! La Lisa est en train de me préparer le petit .......

 

Dans la maison aux volets verts, toujours clos, une agitation peu commune régnait. Il y avait Marie, la mère de Joseph et Anna, la soeur d'Elisa.
Dans le lit, bien au chaud sous un épais édredon, Elisa gémissait et quand Rose arriva, elle entr'ouvrit un peu les volets et s'affaira à préparer la naissance tant attendue.  C'était son premier petit fils et il fallait que tout soit parfait.

De l'eau bout dans le grand "parol" pendu dans la cheminée, les serviettes chauffent près du feu, on a sorti les draps blancs et le linge qui servira au nouveau né et à la jeune maman.

Le berceau de bois, fabriqué par Joseph, attend au pîed du lit.

Tout est prêt et les heures passent !

Dans la grande salle à manger, au rez de chaussée, Joseph marche de long en large, il se tord les mains et souffre autant que sa femme. Marie et Anna, les doigts croisés, prient pour que tout se passe bien;

Mais voilà que ......

"Ca y est, dit Rose à Lisa, le moment approche, j'aperçois sa tête ! Force, ma fille, allez ! force ! force encore" et elle accompagnait ses paroles en agissant par pression sur le bas du ventre pour aider à l'expulsion.

En bas, ils attendaient tous dans un silence que seule le tic tac de l'horloge venait troubler.

Dans la grande cheminée, le feu crépitait et sa lumière éclairait les visages tendus.

Et, tout à coup, un cri : "Es un nin" - c'est un garçon - annonça la Llabadourre et elle le présenta, du haut de l'escalier, en le tenant à bout de bras.

Joseph, fou de joie, suivi de Marie et d'Anna se précipitèrent pour voir la merveille.

Rose frottait énergiquement l'enfant, tâtant tous ses membres pour en vérifier la normalité et s'assura que les premiers réflexes s'exécutaient sans problèmes.

Elle se tourna vers Elisa qui se remettait doucement de cette merveilleuse épreuve : " Ten al cap coum oun oülle ! Me cal adouba cho" - Il a la tête comme un oeuf, il me faut arranger çà ! - car elle ne parlait que le catalan.

Alors, de ses mains expertes, elle façonna sa tête de manière à bien l'arrondir et en faire un crâne à sa façon, c'est à dire, bien rond, sans bosse et tout à fait régulier.

Joseph contemplait la scène, tout ému devant son premier enfant !

C'est qu'elle connaissait son affaire Rose La Llabadourre ! En avait-elle fait naître des bébés dans tous les villages environnants.

Mais celui-là, son petit fils, ne fallait-il pas qu'il soit le plus beau !

Elle ouvrit grand les volets et le soleil vint illuminer la chambre où Elisa attendait qu'on lui donne son fils

"Allez, le voilà, ton fils"  dit Rose en lui mettant dans les bras.

Joseph, près  du lit, attendait. Il n'osait faire un pas.

Quoi ! ce petit être si petit, si fragile, c'était son enfant à lui ! Seigneur Dieu !

Alors, il s'approcha de sa femme, prit l'enfant et, le tenant à bout de bras, la regarda tendrement et, la voix ému, lui dit :

"Ce bébé, ce petit, tu le vois ! On l'appellera Jean, comme mon Père, et on en fera un homme !" 

Et des larmes de joie coulaient dans sa barbe !

C'est qu'il était fier le bep et tellement heureux !

Un garçon , c'était un garçon !

Voilà deux jours qu'il n'allait plus à la mine pour attendre cette heure bénie où il tiendrait son enfant dans ses bras, et connaîtrait ce moment heureux de la survie de l'homme.

Il se sentait fort, prèt à tout pour pourvoir au bonheur de ce qui était, à présent, sa famille.

 

Ce jour là était le 29 Novembre 1907.

 

Il était 17 heures et les cloches se mirent à sonner appelant aux Vêpres. On s'y rendit pour remercier le ciel de leur avoir donné un si bel enfant.

Rose était restée près de sa fille pour vérifier son bon état de santé car il fallait prévenir tous risques d'infection.
Le bébé, lavé et langé, fut donné à Elisa afin qu'elle puisse lui apporter la nourriture maternelle et il ne fut nul besoin de lui montrer comment téter ! Il le fit si goulûment qu'elles se mirent toutes deux à rire.

Qu'il était beau, le Jean, dans ses linges blancs. Il faisait bien au moins dix livres et on aurait dit un bébé de trois mois. Il avait déjà les cheveux bien fournis, d'un noir de geai comme sa Mère et souriait aux anges.

De retour de Vêpres, on vint s'extasier,devint le nouveau petit Riannais :

- Té ! vé! tu lui mets la barbe et c'est son Père tout craché ! dit Marie et il est déjà bien fort !

- Il a les yeux de sa mère et il sourit comme un ange qu'il est ! dit Anna

Et chacun de trouver une ressemblance qui leur faisait plaisir de croire.

 

On descendit le jambon du grenier,  on tira le vin au tonneau et l'on trinqua à la nouvelle vie qui commençait.

 

Dès que Lisa en fut capable, elle mena son fils avec Joseph et les membres de la famille aux fonds baptismaux, dans cette église du 9ème siècle, fierté des villageois qui en avaient réparé tous les dommages causés par les différentes invasions et guerres

Elle confia son âme à Dieu pour qu'il lui vienne en aide et le protège car elle était très pieuse

 

Chapître 3

 

Une nouvelle vie

 

 

Le lendemain matin, Joseph, partit faire son travail le long de la voie ferrée et lorsqu'il s'en revint au repas de midi, Lisa le trouva songeur, l'air absent devant  le verre de vin et l'assiette restaient pleins. C'est qu'il se sentait investi du rôle important du père prêt à tout pour donner à son enfant le meilleur. 

La vie au pays n'offrait guère débouché ! Il fallait donc envisager de trouver une meilleure solution, quitter même Ria s'il le fallait .....

Lisa, qui connaissait son époux, le savait d'un caractère peu causant, presque renfermé sur lui-même, toujours réfléchissant pour essayer de comprendre les choses de la vie et y trouver une solution, Lisa ne disait rien et attendait et puis ; soudain, levant les yeux vers elle ;

- "Qu'en penses-tu Lisa ? Tu ne crois pas que je devrais trouver un autre travail qui nous permettrait de mieux vivre avec notre enfant, même si nous devons quitter Ria pour cela ? Toi, tu trouveras toujours de quoi laver et repasser le linge des autres. Si nous restons ici, qu'allons nous devenir ? et ce petit ? Comment on va pouvoir l'élever, ce "pitchoun" !

 

Cette appellation de "pitchoun" est difficile à traduire, comme certains mots des différents dialectes qui enferment une infinité de choses. C'est en même temps petit, gentil, fragile, aimé. un mot d'amour à l'adresse d'un enfant tout simplement

 

Joseph avait de l'ambition et bien qu'Elisa fut attachée à ce village qui l'a vu naître surtout que sa mère y demeurait et qu'elles étaient très proches l'une de l'autre, elle était prête à le suivre là où il aurait décidé d'aller ! N'était-il pas son mari ! Et puis.............. il avait bien raison !

 

Les jours passèrent et puis les mois ! La neige vint, puis s'en fut ! Les bourgeons poussèrent et puis les fleurs ! Joseph commençait à désespérer de ne rien trouver. Le petit Jean venait d'avoir ses six mois et, puis, un jour ................. 

 

Lorsque Joseph poussa la porte de sa maisonnée en rentrant de son travail ce soir là, Lisa se jeta à son coup :

- "Joseph ! j'ai une bonne nouvelle ! La Compagnie des Chemins de Fer ouvre un concours afin de recruter du personnel nécessaire à l'ouverture d'un chantier pour la construction de la ligne qui ira jusqu'à la Cerdagne.

Il faut avoir le certificat d'études !  Nous l'avons toi et moi, alors on va s'inscrire tous les deux !

Regardes le papier qu'il y avait à la Mairie. Ils demandent un employé de voier et une garde barrière. C'est ce que nous sommes. C'est un concours mais on y arrivera hein mon Bep "

- "Mais, bien sûr ! fais moi voir ce qu'il faut faire !

 

Ils confièrent Jean au bon soin de Rose et s'en furent, à Perpignan, se présenter au concours 

 

Ils furent admis dans les premiers et affectés tous deux au dépôt de Villefranche du Conflent situé sur le tronçon prévu qui allait d'Olette à Font-Romeu et entrèrent en fonction immédiatement.

 

Ce village ne ressemblait à aucun autre. Enfermé dans une ceinture de remparts élevés par Vauban en vue d'en faire une enceinte fortifiée destinée aux soldats chargés de la défense de la vallée, il était entouré de montagnes avec une seule trouée faisant communiquer la Cerdagne avec la plaine. Par cette trouée s'engouffrait la rivière "La Têt" et, en parallalèle, la nationale 118 qui fut construite par les romains.

La majorité de la population n'était pas d'origine. La Compagnie des Chemins de Fer, avec son dépot de machines situé à l'orée du village, employait des hommes et des femmes qui venaient, avec leur famille, de tous les coins du département.

La vie était plus active que dans le village qu'ils allaient quitter et qui avait, comme beaucoup d'autres villages de cette époque, du mal s'adapter au progrès, préférant conserver ses coutumes ancestrales.

 

Elisa et Joseph bénéficièrent d'un logement de fonction, appelée "la maisonnette" réservée aux garde barrières et situé au bord de la voie qui allait de Villefranche à Olette.

La voie était électrifiée par un troisième rail qui distribuait le courant par un sabot frotteur fixé sur la locomotive mais "la maisonnette" était, paradoxalement, dépourvue d'électricité.....

Il n'y avait pas d'eau non plus, on allait la chercher au puits situé au fond du jardin, qui était si profond qu'elle ressortait fraiche et claire, bonne à boire et à cuisiner.

 Il y avait aussi, au fond du jardin, une petite cabane, appelée, "cagadou" ou, en bon français, "le petit coin" dans laquelle il y avait une planche percée d'un trou et il fallait, chaque fois d'usage, aller puiser de l'eau au ruisseau qui passait à proximité, pour la propreté !

Le progrès n'était pas encore arrivé jusque là !

L'habitation, bien que modeste, était toute neuve.

Le rez de chaussée était occupée par une grande pièce qui en tenait toute la surface. Elle servait de cuisine et de salle à manger. Une grande cheminée permettait de chauffer la maison et cuire les aliments. Dans un coin, un escalier menait au premier à deux chambres contiguës si bien qu'il fallait passer dans une pour aller dans l'autre.

Leur nouvelle vie s'organisa. Le couple était heureux ! leurs deux salaires leur permettait de vivre convenablement. 

Ils se firent rapidement des amis et les réunissaient bien souvent autour de la grande cheminée où chacun exerçait son talent de conteur, chanteur, musicien, humoriste ou encore de  mime.

Elisa, qui avait une jolie voix, très juste et au timbre agréable, chantait des airs d'opérettes, des chansons de troubadour ou lisait des poèmes de Victor Hugo, son auteur préféré et de Lamartine. 

Jeune, elle avait été gouvernante des enfants de riches bourgeois de Béziers qui lui avaient fait bénéficier de soirées théâtrales et lui avaient permis d'avoir une culture bien supérieure à celle de son entourage en mettant à sa disposition leur bibliothèque.

Elle connaissait tous les airs d'opéra par coeur.

Jean, grandit dans cette atmosphère culturelle peu commune où la richesse profonde de chaque personne se dévoilait dans l'intimité de leurs amis et la douce musique du bois qui crépitait dans la cheminée.

Il en conserva l'impact toute sa vie !

Joseph était un homme sérieux, intelligent et travailleur. Il apprit rapidement son nouveau métier, démontra ses compétences à ses chefs et se distingua si bien qu'il eut une promotion et devint chez d'atelier, poste identique au conducteur de travaux actuel.

On lui confia la responsabilité de la construction de la ligne qui allait d'Olette à Font-Romeu ce qui leur permettait de rester dans leur maisonnée.

Tous les matins, il partait de bonne heure avec, à l'épaule "le sarrou",sorte de sac en toile de jute épaisse qui renfermait le repas qu'Elisa avait préparé la veille. Le plus souvent il consistait en une omelette serrée entre deux tranches de pain, du fromage et une petite bouteille de vin. Les oeufs provenaient des poules qu'Elisa élevait et qui couraient dans la campagne, le pain fait maison et le vin par Joseph.

Ce vin était issu des vignes qui longeaient la voie ferrée et, aux vendanges, Joseph allait "grapiller" quelques raisins qui lui suffisaient pour sa consommation de vin de l'année.

 

Jean grandissait et apprenait à lire, écrire et à compter avec Rose et quand il eut 6 ans, elle le fit entrer à l'école communale.

Il n'y avait pas de maternelle, il n'y avait qu'une seule classe.

Les enfants savaient tous lire et écrire plus ou moins bien ce qui fait qu'ils étaient placés selon leur capacité. Ceux qui savaient très bien lire devant. Les plus en retard, au dernier rang, faisaient l'objet de soins particuliers de l'unique instituteur.

Les enfants, différents d'âge, filles et garçons mélangés eurent ainsi le même instituteur jusqu'au certificat  d'études.

Celui ci était grand, un peu gros, le visage rond, le cheveu rare. Les joues mal rasées étaient parcourues de veinules d'un rouge violacé qui tendait à faire croire qu'il avait un penchant pour la dive bouteille.

Il était très coléreux . Ses éclats de voix, souvent ponctués de coup de baguette, s'entendaient depuis la rue. 

Comme il avait autorité dans le village, chacun pensait qu'il avait quelque raison de s'emporter et faisait la leçon à la progéniture.

C'était quand même un excellent professeur qui amena presque tous ses élèves à avoir le certificat d'études.

Jean sortit, à 12 ans, premier de cet examen  et, en cet honneur, l'académie lui fit envoyer un colis de chocolat de 5 kgs qu'il partagea avec ses amis

 

 

 

 

A suivre ............

 

 

 

 

 

 

Il tombait une petite pluie fine sur les quais de Bordeaux, cette après midi du 10 Avril 1936.

Parmi la foule des passagers qui allaient s'embarquer, on pouvait remarquer un jeune Lieutenant de l'armée de terre que la grande cape kaki et le képi distinguaient nettement des autres.

A côté de lui se pressait une jolie jeune femme vêtue élégamment d'un manteau de pluie beige et d'un chapeau cloche de même couleur. Elle tenait à bout de bras un panier dans lequel on pouvait distinguer un bébé chaudement enveloppé dans une couverture. Une toile de plastique transparent le protégeait de la pluie

Riche idée qu'avait eu là Jean d'utiliser un panier à linge pour transporter la jeune Michèle qui avait 9 mois. Hèlas ! il ne pouvait se charger de la porter lui même, un militaire en tenue ne doit pas se charger de ce genre de choses et c'est bien à regret qu'il en avait laissé ce soin à son épouse

Cela faisait longtemps qu'ils attendaient pour embarquer sur  "Le Désirade" 

Cet immense paquebot à vapeur devaient les emmener en Indochine vers le Cap St Jacques, port maritime au sud de la Cochinchine, aux fins de prendre la direction de l'annexe de la Division d'Artillerie basée à Saïgon, fonction bien supérieure à son grade dans cette lointaine colonie française. Il était, en effet, très apprécié de ses supérieurs.

La fatigue commençait à se faire sentir quand la foule se mit à se mouvoir vers les bateaux en partance et ils purent, assez rapidement, monter à bord. Il était temps, la pluie avait bien mouillé leurs vêtements

En haut de la passerelle, le Commandant accueillait chacun des passagers et les confiait à un matelot qui les conduisait jusqu'à leur cabine.

Lorsque Jean se présenta, il fut cordialement salué. et invité, avec son épouse, à partager, le soir même et journellement, la table qu'il occupait avec tous ses officiers dans la salle à manger réservée aux personnalités importantes. ce qui n'a pas manqué de faire rougir Rose de confusion. Jean remercia; main au képi, d'un impeccable salut militaire.

Un homme alors s'approcha d'eux,tout vêtu de blanc :

 

"Bonjour Madame, mon Lieutenant, je suis votre garçon de cabine. Veuillez me suivre s'il vous plait et permettez moi de vous soulager de votre panie, Madame. Nous allons conduire cet enfant à la Nursery où l'on prendra bien soin d'elle. C'est une petite fille, n'est ce pas ? Elle est bien jolie ! Comment s'appelle-t-elle ,"

.

"Michèle ! Oh ! ne puis je la garder près de moi !"

 

et, devant la mine déconfite de Rose dont les longs cils se perlaient de petites gouttes d'eau ;

 

"Ne vous inquiétez pas, Madame, Croyez moi, elle sera bien là bas et vous pourrez ainsi  mieux profiter de votre séjour. Bien entendu, vous pourrez venir la voir et la promener sur le pont autant que vous voudrez."

 

Rose, rassurée, mais tout de même un peu frustrée, lui donna le panier et ils s'en furent jusqu'à la Nursery où elle confia son petit bijou de fille aux bras d'une jeune femme vêtue et coiffée de blanc. Elle prit Michèle dans ses bras, la câlina un peu. Puis, elle la déposa dans un des nombreux petits lits impeccablement alignés le long des murs d'une immense pièce. En son centre, un immense tapis très épais s'étalait sur lequel était posés un parc, des coussins et des tas de jouets.

Après avoir embrassé leur fille, ils rejoignirent leur cabine située sur le pont. 

Celle-ci était immense, dotée d'un grand lit en bois d'acajou recouvert d'un dessus de lit chatoyant avec deux tables de nuit que supportaient deux lampes style 1900 avec leurs globes ronds et leurs abat-jours à pampilles, Il y avait aussi une grande armoire et une commande en palissandre, et dans un coin, formant salon, deux fauteuils "crapaud" autour d'une table basse. Dans le coin opposé, un écritoire muni d'une chaise directoire invitait à exprimer ses souhaits sur un cahier de bord.

Deux grands hublots donnaient sur la mer et apportaient une belle luminosité à la pièce.

On avait déjà amené leurs bagages.

Rose s'arrêta surprise par le luxe qui se présentait sous yeux éblouis et, en fille de bonne éducation qu'elle était, se retint de ne point sauter de joie devant le garçon de cabine occupé à ranger leurs vêtements dans l''armoire et dans la commode, mais, sitôt qu'il eut quitter la cabine, sauta au cou de son mari

 

"Oh Jean ! C'est magnifique ! Regardes, regardes, je n'ai jamais rien vu d'aussi beau !"

 

 "Oui, ma chérie, mais préparons nous pour honorer le Capitaine.  Il nous attend à 20h. Il est 17h et compte tenu  du temps que tu vas passer dans la salle de bain.........Je vais faire un tour sur le pont et je reviens"

 

Il l'embrasse tendrement et s'en fut.

Après avoir passé une bonne heure dans la salle de bain, Rose se dirigea vers l'armoire, prit une robe longue en soie naturelle mordorée turquoise au dos largement échancré et dont la coupe serrée à la taille allait s'élargissant jusqu'aux chevilles.

Jean la lui avait achetée, pour la circonstance, ainsi que d'autres tenues adéquates, dans un grand magasin Parisien lors d'un séjour dans la Capitale.

Après s'être revêtue de la magnifique robe, elle se chaussa d'escarpins de même couleur; clipsa à ses oreilles deux petites turquoises et, au moment où, elle se préparait à mettre le collier assorti au boucles d'oreilles, Jean fit son entrée et aida son épouse à se parer

 

"Mon Dieu Seigneur ! que tu es belle ma Chérie !" et il l'embrassa dans le cou en un long baiser qui laissait augurer de très prochaines et voluptueuses étreintes

 

Rose, troublée, s'échappa de ce mari si tendre et heureuse, se mit à danser et à tournoyer autour de lui, faisant virevolter sa robe  autour de ses jambes gainées de soie et Jean la regarder et se disait qu'il était bien dommage qu'ils soient attendus parce qu'il se serait bien permis un petit intermède amoureux...... hum hummmm, elle était vraiment très belle et désirable. Bon ...

 

"Je vais mettre mon smoking" 

 

Pendant qu'il se préparait, Rose mis de l'ordre dans ses cheveux et les coiffa en un chignon sur la nuque ce qui lui dégageait le cou qu'elle avait gracile.

Lorsque Jean eut revêtu son smoking, ce fut elle qui s'émerveilla. Il avait fière allure. Il n'était pas très beau mais il avait beaucoup de charme et un charisme certain et.......hummm hummmm s'ils n'étaient pas attendu.......... Mais, ils l'étaient !..

...

"On y va !" dit Jean

 

"Allons y. Puisqu'il le faut " dit Rose en soupirant

 

Et tous deux s'en furent à la recherche de cette salle à manger à manger où le Commandant les avait conviés.

Il était temps, la cloche invitant au repas se mit à sonner.

Passage sur le pont juste le temps d'admirer le reflet de la lune dans l'eau, d'un bleu si profond qu'elle en paraissait noire, promenade le long des coursives, puis la réception, la bibliothèque, le petit salon, la grande salle à manger destinée à l'ensemble des passagers, voici, enfin, celle où ils étaient attendus.

C'était une très belle pièce dont les murs étaient ornés de magnifiques tableaux de marine.

Dans un coin un ensemble de musiciens à corde jouait en sourdine des airs de Gershwin. Devant eux, une large piste de danse invitait les couples à évoluer à leur gré

Autour de la piste, des tables rondes recouvertes de nappes blanches sur lesquelles, la vaisselle de porcelaine, les couverts d'argent et les verres de cristal brillaient de mille feux sous les immenses lustres qui pendant du plafond.

L'ensemble était féerique et notre jeune couple avait l'impression de vivre une rêve tout éveillé.

Le commandant, déjà installé entouré de deux de ses officiers, se leva, prit la main de Rose l'effleura à peine de ses lèvres :

 

"Bonsoir, Chère Madame, vous êtes ravissante ! Mon Lieutenant ! asseyez vous je vous prie"

 

Il fit asseoir Rose à sa gauche. Jean prit place à son côté.

Aussitôt, un serveur tout de blanc vêtu y compris le nœud papillon qui ornait sa chemise,et les gants, vint poser, devant chaque convive une assiette garnie de caviar, de toasts grillés et d'un petit verre de vodka. .

 

"C'est du caviar, dit le Commandant en s'adressant à Rose, en avez vous déjà goûté ?"

 

"Désolée, dit Rose, je n'ai pas eu cette occasion. C'est la première fois ! je serais ravie d'en découvrir le goût et d'en apprécier la saveur"

 

"Ce sont des œufs d'esturgeon préparés en salaison reprit le Commandant, Ces poissons existent depuis la nuit des temps. Ils évoluent dans la mer Caspienne ou La Volga entre la Perse et la Russie. On l'appelle aussi "l'or noir" parce qu'il nécessite une longue préparation et c'est un produit très rare. Celui là est un Beluga, le meilleur ! Il est de coutume de terminer sa dégustation par ce petit verre de vodka. Je vous laisse à votre plaisir, Chère Madame"

 

"Merci Commandant et à vous tous un excellent appétit"

 

Le Commandant avait raison. Ce caviar là était un régal. Mis en bouche, il diffusait une senteur iodé qui laissait le palais empreint d'eau de mer et ce petit verre de vodka mis de la couleur aux joues de Rose.

 

"Allons ! je vois que vous aimez !" dit le Commandant tout sourire

 

"En effet, j'ai apprécié ce goût si particulier et si intense d'eau de mer !"

 

Les conversations se poursuivirent autour d'une sole meunière suivi d'un tournedos Rossini, plateau de fromages  accompagnés de salade, et un magnifique dessert glacé aux fruits exotiques;

 

"Notre traversée va durer environ 4 semaines, dit le Commandant, j'espère que votre cabine vous convient. Nous avons plusieurs activités à bord qui j'espère vous plairont et à laquelle vous pourrez, si vous le souhaitez  apporter votre participation'

puis s'adressant à Jean :

 

"A quel endroit de l'Indochine vous rendez vous ?"

 

"Le Cap St Jacques !  La Division de  l'Artillerie Coloniale  de Saïgon a une annexe là bas dont je vais assurer la Direction sur les ordres de mes supérieurs"

 

"Ah ah ! ce port maritime significatif .est une porte ouverte sur la mer et sur le monde extérieur......"

Il fit une pause et ...

."Vous savez que l'ancien  gouverneur de l'Indochine, Paul Doumer y a fait construire une magnifique maison toute blanche qui reçut beaucoup de dignitaires vietnamiens et notamment, le roi déchu Thanh Thai qui fut contraint d'y rester, de 1906 à 1917. Elle est devenue très célèbre et on la découvre en arrivant sur le Cap"

 

"Oui ! et Paul Doumer était un excellent gouverneur qui  a donné un tel essor à l'Indochine qu'on l'appelle "La Perle de l'Empire"  grâce, notamment,  au développement de ses nombreuses matières premières tel que l'hévéa qui donna naissance aux plantations de caoutchouc, les minerais ou le riz..."

 

"L'Indochine est aujourd'hui secouée, surtout au Nord,  par des vagues de grèves consécutives à l'élection du Front Populaire en France. Le mouvement trotskiste, né sous l'impulsion des étudiants vietnamiens  revenus de France où ils avaient été en contact avec des oppositionnels comme Rosmer, soulève le pays contre le joug de ce qu'ils appellent l'impérialisme colonial"

 

"Certes, le peuple vietnamien n'a jamais cessé de se battre contre la domination française depuis le début de la Colonisation mais la bourgeoisie et la petite bourgeoisie indigène,  qui ont formé des partis plus conciliants qu'opposés comme le Parti Progressiste ou le Parti Constitutionnaliste, estiment, que l'Indochine, qu'elle le veuille ou non, ne peut encore se passer de la tutelle de la France et que la richesse pour l'une est aussi un peu de bien être pour l'autre"

 

"En bien, Lieutenant, je souhaite que votre séjour se déroule de la meilleure façon possible et cessons d'ennuyer votre épouse avec des propos qui n'ont, certainement pas, son intérêt"

"

"Mais pas du tout Commandant ! répliqua Rose en pensant ; il me prend pour une gourgandine !

"Il me parait, bien au contraire, fort intéressant de connaître le pays dans lequel nous allons vivre pendant 3 années et, d'ailleurs, nous nous étions intéressés, mon époux et moi même, à son histoire bien avant d'embarquer"

 

"Mes compliments, mon Lieutenant ! Non seulement vous avez une épouse ravissante mais elle est, de plus,  dotée d'intelligence."

 

"Merci Commandant, il est vrai que j'ai épousé une femme exceptionnelle qui, je le sais, saura me soutenir et m'accompagner en toutes circonstances"

 

Le regard amoureux que Rose se permit de poser sur son mari fit sourire le Commandant.

L'orchestre entamait une valse de Strauss. le Commandant se leva et cérémonieusement ;

 

"Chère Madame, m'accorderiez - vous cette valse "

et, se tournant vers Jean, quêta son approbation comme il se doit. jean baissa la tête en quise d'acceptation.

 

Le couple s'en fut vers la piste. Le Commandant était un homme de belle prestance, dotée d'une petite moustache à la Napoléon 3 et Rose paraissait, à côté de lui, une toute petite chose fragile.

C'était un fort bon danseur et Jean regretta un instant de lui avoir confié son épouse. Il aurait bien voulu être à la place de ce bel homme qui lui mettait au cœur une petite pointe acérée que l'on appelle jalousie. Mais, force oblige !

 

Lorsque, la valse terminée, le Commandant ramena Rose, Jean ne lui  laissa pas le temps de s'asseoir et l'entraîna  pour une rumba des plus sensuelles en essayant d'en modérer aux mieux les mouvements. 

 

"N'étaient ils pas en présence de hautes personnalités qui admiraient leur performance avec intérêt.

Ils s'entendaient merveilleusement bien et firent une prestation des plus applaudies.

La soirée se poursuivit ainsi et de rumbas en  sambas, de valses en slow.....  les heures s'écoulaient et ils dansaient, ils dansaient, ils dansaient.............

La salle, peu à peu se vida.

Les musiciens, fatigués, se demandaient de quelle manière ils allaient arrêter ce couple infatigable et cessèrent un instant de jouer. 

Rose et Jean, soudain descendus de leur bulle, se rendirent alors compte  qu'ils étaient seuls. Confus, ils remercièrent les musiciens et s'en furent, main dans la main, rejoindre leur cabine presque en courant.

 

Le pont était faiblement éclairé par des appliques murales, une brise légère leur fouettait le visage et les étoiles brillaient dans un ciel aussi bleu que le bleu profond de la mer qui s'étendait à perte de vue. Accoudés au bastingage, tendrement enlacés, le regard au loin, ils pensaient à cet avenir qui les attendait dans un pays dont ils ne connaissaient les mœurs et les coutumes que pour les avoir lus à la bibliothèque ou appris de l'officier supérieur qui avait annoncé sa mutation à Jean.

 

"Hummm !" dis Rose en  regardant son époux, "quelle excellente soirée ! mon chéri" et, en riant " J'ai les pieds en compote"

 

"Moi aussi !"

 

"Dis Jean ! tu n'as pas un peur !"

 

"Peur de quoi ma chérie !"

 

"Eh bien ! de ce qui nous attend ! On ne sait pas ! Ce pays qui est sous la dominance de la France peut, un jour, se révolter et réclamer son indépendance"

 

"Pour l'instant, il n'en est pas question même s'il y a quelques velléités de rébellion de la part des indigènes. Cela va être vite maîtrisé et nous avons toujours la possibilité de rentrer en France. Allez, ma chérie, viens te coucher, il est temps sinon, demain, nous serons privés de ce merveilleux déjeuner qui nous attend si nous nous levons trop tard !"

 

Et la cabine reçut les plaintes amoureuses de deux pigeons qui s'aimèrent d'amour tendre..................

 

Es-ce cette nuit là qu'une petite graine vint germer dans le ventre de Rose ?  Possible ! Mais ils ne le savaient pas encore !

 

Les jours qui suivirent furent meublés de distractions diverses : piscine, théâtre, concert, cinéma, jeux de pont, soirées dansantes entrecoupée d'excellents repas arrosés des vins les plus fins, et quelques passages au bar pour des cocktails fabriqués sous leurs yeux

Tous les jours, ils allaient chercher Michèle pour de longues promenades sur le pont. Celle ci faisait l'admiration de tous les passagers qui la croisait.

 

Le passage du Canal de Suez, d'une longueur de 162kms et qui relie la mer Méditerranée à la mer Rouge, se fit dans la moiteur du soir alors qu'un convoi de chameau se profilait en ombre chinoise sur les berges, observé pat l'ensemble des passagers réunis sur le pont

Sa largeur de 54 mètres laissait à peine passé le paquebot qui devait se propulsait très doucement pour ne pas en heurter les berges.

Accoudés au bastingage, Rose et Jean examinaient avec inquiétude l'évolution du paquebot dans ce si étroit passage. Il fallait être très attentif à la manœuvre pour éviter la catastrophe. 

 

Mais ouf ! l'on aborde la Mer Rouge, nommée ainsi pour la couleur de ses algues. 

 

Et voici la première escale ! Djibouti !

Cela fait du bien de retrouver un peu la terre ferme. 

 

Cette ville, situé à la corne de l'Afrique, est connue pour son architecture du 19ème siècle et son port  situé à l'entrée de la mer rouge.

Jean et Rose se rendirent dans  le quartier européen doté de bâtiments de style colonial français blanchis à la chaux et d'arcades mauresques et bordés de cafés et de boutiques.

Petite halte dans un des cafés le temps de déguster un "shay baladi", thé servi en vrac dans une verre et très sucré mais le thé doit tomber au fond du verre avant de le boire. C'est mieux !

Puis ils poursuivirent leur visite dans le quartier africain aux échoppes chargées de fruits, de légumes et d'épices.

 

La sirène du paquebot qui appelait les passagers a embarquer les fit sursauter et c'est au pas de course qu'ils rejoignirent les quais pour monter à bord.

 

 

Direction l’Île de  Ceylan, à travers l'Océan Indien, vers la prochaine escale, Colombo, sa capitale, la ville des pierres précieuses

 

 

Colombo qui signifie "feuille de manguier" en cinghalais, est situé sur la côte occidentale de l'île.

On l'appelait aussi : "La Cité Jardin de l'Orient" pour ses rues ombragées et ses plantations de fleurs tropicales 

 

Ancien village de pécheurs, ce sont les Arabes qui y installèrent un comptoir commercial car il disposait d'une rade capable d'abriter les navires lors des moussons estivales  Plus tard, les Portugais y construisirent un fort afin de protéger leur commerce d'épices. Le village s'est développé autour  de son  port naturel qui joue un rôle considérable dans l'économie du pays en  ouvrant les routes maritimes sur le Moyen Orient et l'Europe d'une part et l'Asie d'autre part.

 

 

L’île de Ceylan a été occupée par de multiples ethnies qui ont laissé leur trace mais c'est surtout à Colombo que le passé s'affirme dans chacune des rues avec une architecture omniprésente et un patrimoine important laissé d'abord par les Arabes, les Roumains et les Chinois et ensuite par les Portugais, les Hollandais et les Anglais. On peut, également y voir des bâtiments à caractère bouddhiste, hindou, islamique ou indien.

 

C'est dire, qu'en visitant Colombo, on fait le tour du monde ! 

 

C'est ce que firent notre jeune couple. Il était près de 15 heures et compte tenu de l'atmosphère chaude et moite due à la mousson d'été, avait laissé Michèle aux bons soins des nurses. 

Ils avaient le temps, le bateau ne repartait que le lendemain.

 

Ils s'en allèrent donc par les rues qui grouillaient de  marchands présentant des pierres précieuses à l'état brut et firent l'achat de 3 topazes d'un brun chatoyant et dune aigue-marine de toute beauté dont la couleur allait du bleu très clair, presque transparence à un bleu tellement fonçé qu'il en paraissait noir, selon la luminosité

 

"Mon Dieu Jean, comme ces pierres sont belles ! Il va falloir les faire tailler ! Mais pourquoi as tu acheté 3 topazes et seulement une aigue-marine ?"

 

"Parce que, ma Chérie, l'aigue-marine est pour toi et les 3 topazes nous les donneront à nos trois enfants quand ils seront grands !"

 

Rose se mit à rire

 

 

 "Bien, bien, je vois ce qui m'attend ! allez viens ! poursuivons notre chemin, il y a tellement de choses à voir"

 

Ils plongèrent alors dans la frénésie marchande des échoppes collées les unes aux autres dans le Quartier de la Pettah et Rose s'attarda parmi les étoffes chatoyantes peintes à la main par les indigènes ne sachant laquelle elle allait choisir.

Jean l'attendait dehors admirant les enseignes sur lesquelles figuraient le nom des différentes boissons bien connues avec un respect des couleurs  assez étonnant.

 

"Jean, Jean ! Viens voir , viens voir !  Je ne sais pas quoi choisir ! Viens m'aider !"

 

Jean pénétra dans l'échoppe et fut accueilli avec un grand salut par le marchand qui la main sur le coeur et avec un grand sourire ;

 

"Bonjour Sahib ! Tu aides jolie Madame, c'est plaisir pour elle. Très jolies étoffes, très solides !"

 

 

 Il avait bien flairé là un futur acheteur.

 

Après avoir pris, jeté, repris et rejeté les étoffes les unes après les autres, elle finit par en choisir une et Jean se demandait s'il avait été bien utile, en vérité, dans cette décision finale.

 

Enchantée de son achat, elle prévoyait déjà d'en faire faire une robe qui éblouirait son cher époux d'abord, of course !  et toutes les personnalités qu'elle serait amenée à rencontrer. 

 

Au bras de son mari, Rose avait le sourire aux lèvres qui se changea brusquement en stupeur lorsqu'ils atteignirent un vaste parc au milieu duquel trônait une gigantesque statue de Bouddha debout les mains croisés. Impressionnant ! Ils en restèrent bouche bée.

 

Il était près de 20 heures lorsqu’ils arrivèrent près du lac.

 

Il y avait là un restaurant à la bâtisse de style colonial. Ils s'installèrent sur la terrasse face au lac dans des fauteuils en paille tressée.

Quelques anglais en uniforme, déjà installés, les saluèrent poliment. Ils firent de même.

 

"Cette ville est extraordinaire !" dit Rose

 

"Oui, c'est une ville qui a subi énormément d'influences. Il n' y a qu'à voir d'après ses différentes architectures. On y trouve de splendides bâtiments. De plus, elle a une très grande importance pour ses échanges avec le monde entier. A présent cette une base militaire britannique. Mais elle a quand même gardé son côté oriental"

 

Un serveur, en sari, les salua en s'inclinant la main sur le cœur:

 

" Ayubowan (bonjour en cingalais)

Bonsoir Madame, Bonsoir Sahib !

Là, je vous sers aujourd'hui !

Il y a beaucoup bonnes choses !

Ya "patties", beignets farcis légumes, "cutlets", accras lentilles, "Ladie finger" plat haricot "gee cola" oignons, noix coco râpée piment, citron , sel avec bœuf et poulet, kottu roti cuisiné  légumes, oeufs, des pices et mouton, "buriyani" riz cuit dans aromates, après on met épices, poulet, mouton, oeufs et aussi y a langouste, crabe crevettes,et le poisson "colin"

Le dessert c'est "wattalapan", c'est crème.

et si tu bois  c'est Thé de Labookeille ou "Ginger beer" c'est bière gingembre, fait ici. Très bonne pour santé "

 

dit il en souriant.

 

Tout cela avait était énuméré d'une voix monocorde et au débit rapide comme s'il récitait une leçon apprise par cœur

 

"Vous voulez bien répéter, dis Jean, plus lentement s'il vous plait ! 

Attendez qu'est ce que c'est ce bruit infernal ?..

 

Alors qu'un bruit sourd et répétitif se faisant entendre.

 

"Ah ! ça Sahib, dit le serveur en riant c'est préparer kottu roti, c'est beaucoup taper très fort pour écraser"

 

Puis, il reprit son énoncé en s'arrêtant pour répondre aux questions.

 

Rose commanda des patties avec une langouste, un buriyani sans viande. et du thé

Jean des cutlets, un gee cola et une ginger beer

 

 

En attendant leurs plats, ils purent s'extasier devant le coucher du soleil sur le lac qui se teintait de rouge et d'orangé. Le spectacle d'une infinie beauté apportait une sensation de paix infinie que ressentirent profondément Rose et Jean. Ils se regardèrent, ils étaient heureux.

 

 

Puis, le Paquebot fit sa dernière escale à Singapour.

 

Cette cité-état insulaire, dotée d'une population multiculturelle, se situe à l'entrée du détroit de Malecca, interface entre les mondes indien, musulman, malais et chinois,  au cœur d'une région en plein essor économique

Sous le contrôle de la Compagnie Anglaise des Indes, c'était une base navale à l'intense activité portuaire.

Plaque tournante du commerce entre la zone pacifique et l'Europe, la ville devait son essor à sa situation maritime exceptionnelle.

 

Le paquebot se rapprochait lentement de Singapour et les passagers, accoudaient au bastingage, pouvaient, déjà  admirer  les hauts buildings qui dominaient la ville, disséminés au milieu d'une végétation luxuriante.

A l'entrée du port, se dressait une immense statue en bronze de Stamford Raffles, fondateur de Singapour.

 

Lorsqu'ils débarquèrent, de nombreux indigènes les attendaient au pied de la passerelle pour leur proposer de leur faire découvrir la ville. 

 

Certains disposaient de palanquin, sorte de chaise à une au deux places portée par deux hommes. C'est ce que choisirent Rose et Jean.

 

Un des hommes s'exprimait bien en français et leur permit de faire une visite fort intéressante.

 

C'était une ville moderne à l'étonnante architecture, mélange des héritages de nombreuses ethnies.

 

Par les grandes rues ombragés, ils aboutirent sur une grande place au milieu de buildings dont la hauteur semblait toucher le ciel  et  sur laquelle  se dressait. une obélisque.

 

"Cà c'est pour honneur à Marquis de Dalhouisie" expliqua le porteur " Lui, gouverneur des Indes, venu Singapour pour réduire dépenses. On fait çà pour faire plaisir à lui pour pas réduire et permettre échanges tranquille"  et son visage exprima un large sourire

 

Ils passèrent devant le temple hindou appelé Sri Mariamman, remarquable  par sa foule de divinités très colorés, sculptées sur 5 étages et arrivèrent devant le Mémorial Victoria devant laquelle trônait une incroyable statue en bronze d'éléphant.

 

 

"Çà c'est cadeau Roi Thaïlande pour amitié" explique notre guide "lui venu faire commerce"

 

Ils s'arrêtèrent quelques instants au Talok Ryer Market, immense marché de nourriture installé dans un bâtiment en bois sur pilotis, grand ouvert sur la Baie de Telok Alek, situation qui permettait d'acheminer les marchandises directement par bateaux.

L'endroit était magnifique. Le bâtiment, très coloré s'étalait sur plusieurs dizaines de mètres et, à l'intérieur, on y trouvait une grande quantité de spécialités locales.

 

Ils naviguèrent entre les "hawkers", marchands ambulants qui présentaient des soupes aux vermicelles, des "papadum" (galettes de lentille),,  du "sambol  noix de coco râpée,  "rotties" et "patties" 'beignets et chaussons aux légumes, les vendeurs de poissons et de fruits de mer, de viande de poulet ou de  mouton  et une variété d'épices et de thés impressionnante.

 

Depuis le début de la visite, Rose et Jean ne s'étaient dit grand chose tant ils étaient fascinés par ce qu'il voyaient

 

En rejoignant les quais, ils passèrent par le quartier chinois et purent admirer la mosquée Jamae  Chulia; De couleur verte, deux minarets dominaient l'entrée. L'édifice réunissait plusieurs styles représentant les différentes populations de l'île mais l'entrée est typiquement indienne.

 

Montés à bord, ils se dirigèrent vers leur cabine et Rose se jeta aussitôt sur le lit :

 

"Quelle journée magnifique  cette ville est extraordinaire, je n'ai jamais vue autant de choses de toute beauté réunies mais je suis fourbue !"

 

"Allons, allons, dit Jean, il nous faut maintenant nous préparer pour le dîner, ma Chérie, Vas prendre un bon bain, cela va te délasser mais ne t'attarde pas ! Je t'attends au bar !"

 

La soirée se passa comme toutes les autres et après une petite promenade romantique au clair de lune...

 

La cabine reçut les plaintes amoureuses........

 

Quelques jours plus tard, le paquebot longea le Cap St Jacques et emprunta le fleuve Dong Nai pour atteindre Saïgon, fin de son voyage.

 

Le bateau avançait lentement entre deux rives plates couvertes de palétuviers. Un clocher pointait, parfois à gauche, parfois à droite suivant les coudes du fleuve et Saïgon dressait au loin sa cathédrale aux quatre coins du ciel. Peu à peu, la rivière s'animait de jonques arrondies, cargos fumants et ces sampans aux grâces de gondole qu'une femme debout conduisait d'une rame indolente. Quelques villages apparurent avec leurs maisons au toit de paille; puis des hangars, des hautes cheminées, des grues , des navires amarrés. Le paquebot lança son coup de Siréne. Saïgon !

 

    

 

Saïgon, située à proximité du delta du Mékong, était le plus important port de l'Indochine Française.

 

A l'origine, elle n'était qu'un village de pêcheurs khmer et devint, à partir du 17ème siècle une ville de peuplement vietnamien et chinois  sous l'impulsion de la cour impérial des Nguyên.

 

Bénéficiant d'un urbanisme à la Française, la ville se présentait sous l'aspect d'un immense parc auquel la magnificence des plantes et le coloris des fleurs gigantesques contribuent à donner à cette cité une élégance  que peu de villes d' Extrême Orient possédaient.

 

 

 

Après avoir salué chaleureusement le Commandant en le remerciant de l'excellent voyage qu'ils venaient de faire, sitôt à terre :

 

 

 

"Il va falloir que je me rende  à l'Etat Major dit Jean prendre les ordres sur mon affectation. Ils pourront nous dire aussi où nous pourrons loger avant de rejoindre le Cap St Jacques. Viens nous allons prendre un pouss pouss !"

 

ils montèrent dans cette voiturette poussée par un indigène coiffé d'un chapeau de paille à larges bords en forme d'éteignoir et s'installèrent confortablement au milieu de coussins moelleux, le panier contenant la petite Michèle sur les genoux de Rose. Un autre pouss pouss suivait portant les bagages.

 

Il était 15 heures.Le soleil dardait ses rayons dans un ciel sans nuages et la chaleur devenait écrasante.

Heureusement, les rues étaient larges et ombragés par de grands arbres verdoyants. Des indigènes flânaient le long des trottoirs, quelques élégantes s'attardaient devant les vitrines des magasins, accompagnées de beaux Messieurs qui jugeaient, très certainement, qu'il fallait contrôler les dépenses de Madame, Il n'était pas dans leur nature propre de fréquenter les magasins des dames.

 

Sur les terrasses des cafés, de nombreux français, portant, pour la plupart la barbe, devisaient gaiement en sirotant des boissons venus de france.

 

Des victorias, cabriolets à deux places et à quatre roues, tirés par deux poneys passaient à tout allure au milieu des voitures faisant hurler leur klaxon.Ils abordèrent une large avenue qui les mena  devant l'Opéra d'une blancheur éclatante, construite dans le style flamboyant de la troisième république, ainsi qu'un l'Hôtel de ville, tout neuf, à l'architecture riche et prétentieuse.

 

"J'aime cette ville, dit Rose, elle me semble gaie et plaisante. On se croirait presque chez nous !"

 

"Oui, c'est vrai, répondit Jean et, à part les coolies et les victorias ! On ne dirait pas que nous sommes dans un pays  au bout du monde.................

Tiens nous voilà rendu !"

 

Le bâtiment était de style colonial avec de nombreuses et immenses fenêtres sur deux étages et une tour centrale servant d'entrée.

 

Ils furent reçus cordialement par le Commandant. C'était une fort bel homme dotée d'une petite moustache qui ondulait sur son sourire accueillant et des yeux vifs pénétrants.

 

"Bonjour Madame, bonjour Lieutenant ! Avez vous fait bon voyage ! Un peu long peut-être ! Je vous en prie, asseyez vous"

 

"Oui ! certes la traversée un peu longue dit Jean, mais tellement intéressante et instructive. Mon épouse et moi même avons apprécié le confort du navire et goûté les plaisirs des différentes escales !"

 

"Voulez vous boire quelque chose ? Madame ? Thé, café, jus de fruits, ce sont des fruits frais exotiques !"

 

"Volontiers jus de fruits merci Commandant !"

 

"Et vous Lieutenant ?"

 

"Pour moi pareil s'il vous plait mon Commandant"

 

"Bienvenue en Indochine !

Saïgon est une ville très agréable. On l'appelle "Le Paris de l'Extrême Orient"  On y vit pratiquement  de la même façon."

 

Puis s'adressant  à Rose :

 

"Les magasins présentent des robes de Paris,  et l'on consomme des vermouths, des cassis, des Byrrh, des quiquinat Dubonnet. Vous voyez ! vous ne serez pas dépaysés lorsque vous viendrez de temps en temps dans la capitale !"

 

Et à Jean :

 

"Bien, vous allez donc prendre la direction de l'annexe de la Division d'Artillerie au Cap St Jacques.

Vous trouverez là bas un sous officier chargé de l'armement, un chef des ateliers bois et fer et une dizaine d'ouvriers indigènes"

 

"Est ce que ces indigènes parlent le Français ?"

 

"Oui, depuis que le gouverneur Albert Sarrault a exigé que l'enseignement soit désormais fait en français et en vietnamien."

 

Puis, s'adressant tour à tour à Rose et à Jean

 

"Le Cap St Jacques est une petite ville très agréable. Sa situation au bord de la mer de Chine y a amené la fréquentation de nombreux saïgonnais. Elle est devenue station balnéaire, un petit Deauville en quelque sorte, où ils vont  passer leur weekends et leurs jours de congé.

C'était un village de pêcheurs construit sur un ancien marais et la végétation y est luxuriante

Je crois que vous vous y plairez.

Je vous ai fait préparer une chambre au premier étage. Vos bagages y sont déjà.

Je vous souhaite un excellent séjour"

dit il en s'inclinant.

 

Un soldat français les amena jusqu'à leur chambre.

Celle ci était de bonne dimension avec deux grandes  fenêtres rectangulaires munies de persiennes qui laissaient filtrer la clarté du soleil couchant.

Un petit lit avait été amené pour la petite Michèle dans lequel elle fut déposée aussitôt.

 

"Ouh ! quelle aventure ! dit Rose. je n'arrive pas à croire que nous sommes ici, à l'autre bout du monde, si loin de chez nous !"

 

"Oui ! mais c'est  une belle aventure, ce pays est magnifique et il est bon de connaitre d'autres gens, d'autres coutumes, d'autres pays que le nôtre et de plus, nous aurons ici une vie qui, je crois, serait bien plus agréable et bien meilleure !"

 

"Peut être ! c'est tout à fait différent en tout cas.

Bon je vais donner à manger à Michèle avant de faire un brin de toilette pour aller souper"

 

Le mess des officiers était installé au rez de chaussée. C'était une pièce pas très grande toute blanche avec des portes fenêtres ouvrant sur une terrasse. Une dizaine de tables rondes couvertes de nappe blanche étaient disposées çà et là.

Quelques officiers étaient déjà installés. Ils se levèrent pour les saluer et les inviter à leur table

 

"De quelle région de France venez vous ?" dit l'un d'eux

 

"Des pyrénéens orientales ! Un petit village qui s'appelle Ria et qui se situe au pied du Canigou, notre célèbre montagne. Mon épouse, elle, est née à Corneilla de la Rivière, près de Perpignan. Nous sommes catalans tous les deux !"

 

"Ah bon ! Eh bien savez- vous ! Le maire de Saïgon, Monsieur Boy-Landri est aussi de Corneille de la Rivière !"

 

Rose s'exclama "Quelle coïncidence ! Monsieur Boy- Landri est une ami d'enfance. Sa maison faisait face à la mienne et nous étions à l'école ensemble. J'aurais grand plaisir à le saluer. !"

 

"C'est un homme charmant reprit l'officier. Il a épousé une eurasienne qui ne l'est pas moins et qui est fort jolie. Il n'est pas difficile de la rencontrer et il sera certainement  ravi de vous recevoir"

 

"Nous ne restons pas, dit Jean, nous partons demain matin pour Le Cap St Jacques. Je dois prendre mes fonctions à l'annexe au plus tôt. Mais, dès que possible, je prendrai contact avec lui"

 

"Vous allez remplacé le Capitaine Semains ?"

 

"C"est cela !"

 

"Mes félicitations !

Vous vous plairez, la ville est agréable. La végétation abondante et sa situation en bord de mer apportent un peu de fraîcheur. C'est ce dont nous souffrons le plus ici. les jours et les nuits durent 12 heures et  à 18h on y voit déjà plus ."

 

"Oui, c'est ce que nous avons constaté hier soir !"

 

Les conversations se poursuivirent jusqu'à ce que Rose et jean puissent regagner leur chambre pour un repos.....oui, enfin !..... bien mérité.

 

Le lendemain matin, une voiture Citroën noire les attendait pour les amener vers leur destination

 

Ils parcoururent 125km au milieu de rizières ou les femmes, échines courbées, repiquaient le riz sous leur chapeau de paille en forme de cône.

 

Lorsqu'ils arrivèrent au Cap St Jacques, ils furent surpris par la densité de la  végétation luxuriante qui occupait la ville en plus grande partie. Ils apercevaient à peine les maisons enfouies au milieu des immenses palmiers, palétuviers, bosquets et fleurs de toutes les couleurs. La voiture emprunta une grande allée, puis le bord de mer pour s'arrêter  devant une grille verte d'où l'on pouvait apercevoir au bout d'un grand jardin, une jolie maison style colonial  à un étage. Les grandes fenêtres étaient ouvertes sur la mer et  près de la porte d'entrée, se tenaient 3 indigènes, un femme et deux hommes, qui les  attendaient.

 

"Ni Hao ! (Bonjour) !" dirent-ils en même temps en joignant leur main et en s'inclinant.

  

Il y avait là la Thy-Ay, qui faisait office de gouvernante et devait s'occuper de la petite Michèle ainsi que  de  l'entretien de la maison.

Le Bep, appelé ainsi parce qu'il était cuisinier

Le Boy qui  était jardinier et homme à tout faire

 

La Thy-Ay s'occupa aussitôt de la petite Michèle qu'elle prit dans ses bras et ils s'effacèrent pour les laisser pénétrer dans la maison.

 

La pièce dans laquelle ils se trouvaient occupait pratiquement tout le rez de chaussée à part une pièce attenante réservée pour la cuisine.

 

Elle était meublée "à la française" avec une grande table proche de la cuisine, un salon avec deux grands fauteuils et un canapé en osier devant une table basse et plus loin un  bureau avec un chaise, une armoire en acajou. et  2 fauteuils vintage.

 

En haut étaient 3 grandes chambres.

 

Et leur vie s'organisa faite de plaisirs, de rencontres et de réceptions

 

 

La mer étant toute proche, ils se baignaient souvent à la nuit  tombée au milieu des algues qui, sous l'effet de leur mouvement, devenaient phosphorescentes et illuminaient la nuit en une véritable féérie.