Quand les vagues 

Déferlent

Et s'en viennent

Mourir à mes pieds

En une étrange

Écume brunâtre

Fini un rêve

Une histoire

Et naît une autre

Une autre

Sous l'égide gardien

Des étoiles

Frappées au firmament

Secret

De mon destin

Une vie

Un livre

Une histoire

 

 

 

Préface

  

Au quartier de la Côte Pavée à Toulouse, nommée "la ville rose" en raison des briques en terre cuite composant la plupart de ses bâtiments, demeuraient la famille Louvette.

L'homme était un fringuant capitaine de l'Armée de Terre, la femme tenait une épicerie à laquelle donnait suite leur logement, et leur fille, jolie brunette de 16 ans était pensionnaire au collège Sainte Croix pour parfaire son éducation de fille de bonne famille et préparer le brevet élémentaire en vue de devenir institutrice.

 

Dans un joli village des Pyrénées Orientales, à Ria,  vivait, avec ses parents, dans une maison aux tuiles rouges et aux murs de pierres, un jeune homme, fils d'une garde barrière et d'un cheminot, qui s'éleva dans l'échelle sociale à force de volonté et devint ingénieur

 

Ces deux là n'auraient jamais du se rencontrer et pourtant.......

 

Destin, hasard, chance ou providence, le fait est que Jean, qui avait 20 ans à la même époque et effectuait son service militaire dans cette bonne ville de Toulouse, rencontra, lors d'un bal donné par l'armée en l'honneur des conscrits, la jolie Rose, venue, comme il se doit, avec Papa-Maman et en tomba follement amoureux. Rose fut séduite par le charme de ce garçon si gentil, si bien élevé et qui dansait si bien. Ils se voyaient de temps en temps sous l’œil sévère de la Maman, s'écrivirent des lettres de plus en plus enflammées, se fiancèrent 3 ans après et lorsque Rose eut atteint ses 21 ans, âge de la majorité, il s'en vint, alors, ganté de blanc,  demander sa main au papa Capitaine qui n'accepta de la lui accorder que s'il rentrait dans l'armée comme lui

 

Ce qu'il fit

 

Non mais ! sacre bleu !

 

De ce couple profondément amoureux et qui le resta toute leur vie, naîtra, un jour, une petite fille conçue entre le ciel et l'eau, sur un grand paquebot aux larges des côtes africaines et que le destin va amener, peut être pour cela,  à naviguer contre vents et marées, à la recherche de ce petit port tranquille où elle pourra enfin se reposer d'avoir été mal aimée et  ballottée par les vagues de la vie sur lesquelles elle va surfer  .........................

 

Entre le Ciel et l'eau

 

 

-o-o-o-o-o

                         

 

Chapitre 1

 

En ce matin du 17 janvier 1937, dans une jolie petite ville du bout du monde, était une maison enfouie au milieu d'une végétation luxuriante. Le soleil venait  à peine de se lever sur la mer toute proche quand, soudain, trouant le silence de ce paisible Dimanche endormi sous la chaleur débutante : 

 

"Jean ! Jean ! Vite vite lève toi ! Il va arrivé ! J'ai perdu les eaux ! Dépêche toi ! Va chercher la Thi bah et aussi le médecin  !"

 

Le dit Jean, à moitié endormi, se leva tout ébouriffé et courut chercher la sage femme, la Thi bah, comme on l'appelait dans ce lointain pays"

 

La Thi bah s'en vint aussitôt auprès de Rose qui commençait à gémir le nez enfoui sous ses couvertures et qui n'en menait pas large dans son grand lit à baldaquins.

 

C'était une femme sans âge vêtue d'une longue tunique bleu roi, la tête prise dans un foulard qui lui cachait les cheveux en grande partie ne laissant apparaître que quelques mèches de cheveux gris teintés de brun. Son visage était empreint de douceur et ses yeux pleins de bonté. Elle avançait à petits pas d'une allure nonchalante comme l'ont tous les gens de ce pays là.

 

La chambre était spacieuse, bien éclairée par deux fenêtres qui laissaient entrer un soleil qui dardait déjà ses chauds rayons au travers des persiennes à moitié baissée.

 

La sage femme les baissa totalement afin de créer une semi obscurité plus propice à calmer la future maman

 

Puis, elle s’avançât vers le lit et leva la moustiquaire :

 

"Bonjour Madame ! Cà va aller, Madame, ça va aller. Je suis là. Pas problème  Tout va bien Madame ! Tu respires lentement là ! Comme çà Madame ! Tu souffles un peu, tu respires encore ! Pour la douleur c'est mieux Madame  !"

 

Laissant là Rose, elle se dirigea vers la salle de bain attenante et commença à faire bouillir de l'eau et à  préparer le linge propre et blanc qui devait servir à l'événement.

 

Car oui ! un grand événement se préparait dans cette ville  du Cap St Jacques situé au bord de la mer de Chine, à l’extrémité d'une petite péninsule au sud de l'Indochine.

 

En effet, Le Lieutenant Jean Rivole, attendait un fils, celui que son épouse Rose était en train de mettre au monde. Oui ! un fils çà ne pouvait être que cela  ! Un fils qu'ils avaient conçu sur le paquebot qui les avaient amené de Bordeaux à Saïgon pour prendre, ici, la Direction de l'annexe de la Division d'Artillerie Coloniale.

Ah ! qu'il avait été heureux lorsque Rose lui avait annoncé la nouvelle 2 mois après leur arrivée

Ils en avaient déjà perdu un, accidentellement, alors que Rose atteignait ses six mois de grossesse, un premier né, celui qui doit perpétuer le nom et la lignée.  Leur douleur avait été telle qu'ils l'avaient conservé dans un bocal jusqu'à ce que la petite Michèle vint au monde, bien vivante et bien jolie. Elle avait ses 18 mois maintenant. C'était une jolie poupée qui avait comblé de bonheur son épouse mais tout de même, un garçon ! un catalan comme lui, comme son père, son grand père......., toute une génération et il s'appellera Joseph comme le grand père parce que c'est de tradition.

 

Tout à ses pensées, Jean ne se rendit pas compté qu'il était encore en pyjama lorsqu'il vint frapper à la porte du médecin qui était un capitaine ami et qui demeurait la maison voisine de la sienne.

 

"Ah ! çà y est ! Vous croyez ! Vous êtes sûr cette fois ci ! "

 

"Oui ! elle a perdu les eaux !"

 

"Bon j'arrive !"

 

Lorsque Jean revint, il trouva sa femme, debout, les mains appuyés sur les épaules de la Thi Bah qui lui massait le ventre en appuyant légèrement vers le bas pour aider l'enfant à sortir car c'est ainsi que les sages femmes de là bas  aident à accoucher.

 

Il partit s'habiller et s'installa dans un des fauteuils vintage du salon et resta prostré en attendant que les gémissements de sa femme se meuvent en un cri final de délivrance.

 

 Cela faisait un moment que Rose faisait des efforts et le médecin qui n'arrivait pas ! Mon dieu mais qu'est ce qu'il fait celui là !

 

Celui là était en train, tranquillement, de terminer son déjeuner. Ce n'était pas la première fois qu'on le dérangeait pour rien. 

 

"Allez ! pousse Madame disait la Thi Bah, pousse pousse encore ! voilà ! encore un effort, je vois sa tête"

 

Alerté par ses paroles, Jean se précipita dans la chambre pour assister à la naissance de ce fils tant attendu.

Sa femme était étendue dans son lit en position d'accouchement proche et ses joues étaient rouges des efforts qu'elle faisait.

 

Et soudain ;

"Le voilà " dit la sage femme

 

Une petite touffe d'un noir de geai apparut, un petit visage chiffonné  puis deux épaules et...... et........pas tout à fait ce qu'il fallait là où il fallait !   Zut alors !

et l'on entendit ses premières vocalises au quatre coin de la pièce.

 

"C'est une fille ! Madame" dit la Thi Bah en la mettant dans les bras de Rose

 

"Elle aura une belle voix" dit Jean masquant sa déception.

 

Ce fut à ce moment que le médecin fit enfin son entrée.

 

"Alors ! où il est ce beau jeune homme !"

 

"C'est une fille " dit Jean avec du regret dans la voix.

 

Rose regardait sa fille sans rien dire encore un peu sous le choc

 

"Bon ! voyons çà ! dit le médecin, mais c'est une belle enfant !"

 

"Elle est pas très jolie" dit Rose

 

"Mais elle va changer, c'est un beau bébé, en pleine santé  !"

 

"On voulait un garçon, surtout mon mari !"

 

"Eh bien ! il vous en fera un ! Allons allons !"

 

"Oui ! dit Jean, on en fera un !"

 

Puis, il s'en alla chercher Michèle et la conduisit dans la chambre où la Thi Bah s'occupait de laver et préparer la nouvelle née

 

Quand Jean s'approcha, la sage femme  était en train de mettre un fil tressé au poignet de l'enfant ! 

 

"Pourquoi lui mettez vous ce fil autour du poignet"

 

"Cà ! c'est coutume de chez nous, c'est rattaché l'esprit au corps, faire seulement un"

 

"Ah !" dit Jean dubitatif 

 

Puis, il regarda, l Thi bah massé et caressé le visage et le corps  de l'enfant 

 

"Et là ! c'est pourquoi !"

 

"Cà, c'est faire muscles pour bébé il est fort !"

 

"Ah !" puis prenant Michèle

 

"Regardes ta petite sœur  !"

 

"Elle est pas belle, j'en veux pas ! T'as qu'à la mettre à la poubelle !"

 

C'est ainsi que Joséphine, ainsi l’appela-t-on, entra dans la vie.

 

La Thi Ay, gouvernante, se chargea de la nourrir et de l'élever en même temps que la petite Michèle qui, peu à peu, s’accommoda de cette nouvelle intrus.

 

Le soir, sa nounou l'endormait en lui chantant une mélopée de son pays très rythmée tout en lui tapant sur les fesses ce qui lui valut de les avoir toujours fermes et rondes.

 

Elle l'amenait promener avec sa sœur Michèle en bord de mer qui était à deux pas de la maison et parmi les grandes allées ombragées qui leur permettaient de se protéger du chaud soleil

 

Cet ancien village de pêcheurs construit sur un marais bénéficiait d'un végétation aussi dense que  luxuriante au milieu de laquelle quelques maisons pointaient leur toits de tuiles 

Sa situation en bord de mer en avait fait un port maritime significatif mais aussi la station balnéaire en vogue fréquentée, en grande partie, par les Saïgonnais

 

Joséphine fit ses premiers pas et grandit au milieu des palmiers et des palétuviers, des fleurs odorantes et des petites bêtes qui couraient dans le jardin

On la voyait promener ses pas hésitants au milieu des allées, s'arrêtant deci delà pour sentir tel ou telle fleur ou observer quelques guêpes, papillons multicolores ou salamandres dorées

Souvent, elle s’assaillait par terre et regardait s'activer de petits insectes ce qui lui attirait quelques remontrances pour ses mains et ses culottes pleine de terre.

 

C'était une enfant naturellement gaie, heureuse de vivre et qui acceptait tout ce que sa sœur lui demandait, celle ci faisant preuve déjà d'une autorité qu'elle conserva toute sa vie.

 

Mais elle était aussi un peu espiègle.

 

Un jour, la Thi Ay, qui l'avait laissé s'amuser dans le jardin, l'appela pour la faire rentrer :

 

"Joséphine ! Joséphine ! Viens c'est l'heure de manger Mademoiselle !"

 

Pas de réponse ! 

 

Elle s'en fut dans le jardin à sa recherche et ne la trouva pas. Un peu affolée, elle hésitait à en informer Rose de crainte de se faire réprimander lorsqu'une petite tête riant aux éclats apparut de derrière un buisson.

 

"Mademoiselle Joséphine tu es très vilaine. Tu fais peur à Thi Ay ! Tu vas avoir punition !"

 

"Veux pas !"

 

"Quoi ! Veux pas !"

 

"Veux pas punition !"

 

"Tu auras quand même !"

 

"Non ! padon !"

 

et elle alla se blottir contre les jupes de la Thy Ay qui la prit dans ses bras et l'emporta :

 

"Bon, c'est bien demander pardon mais tu fais plus jamais çà. Thy Ay très fâchée !"

 

Et Joséphine acquiesça d'un signe de tête et embrasse la Thy Ay sur la joue ce qui amena un sourire sur les lèvres de celle-ci.

 

Cette Joséphine tout-de-même.

 

Les deux enfants voyaient leurs parents de temps en temps mais ceux ci étaient tellement occupés qu'elles prirent l'habitude de ne point s'en soucier.

 

Rose était une jolie jeune femme avec des cheveux noirs bouclés et des yeux d'un bleu très clair de toute beauté.. Pas très grande, une silhouette svelte, elle avait une distinction naturelle qu'elle avait transmise à sa fille Michèle qui, dès l'âge de 2 ans, était d'une coquetterie qui valait bien celle de sa mère. Il faut dire que celle ci s'en jouait comme d'une poupée.

De sa mère Joséphine avait hérité ses yeux et ses cheveux noirs bouclés qu'elle avait denses et drus et de son père, le regard coquin et l'intrépidité. 

 

Jean était ce que l'on appelle un "Don Juan". Bien que n'étant pas un très bel homme, il avait beaucoup de charme, un beau sourire une sorte de prestance que lui avait donné la réussite et une intelligence qu'il avait hérité de son père qui, bien que cheminot, avait participé à son ascension dans l'échelle sociale.

Il plaisait beaucoup aux femmes qu'il adorait courtiser ce qui ne rendait pas jalouse Rose qui se trouvait plutôt fière d'un homme tant convoité.

 

Ils avaient beaucoup d'amis et profitaient de cette vie qui leur était offerte.

 

La maison étaient souvent pleine de joyeux convives et les rires et les chansons -  interdites aux chastes oreilles - s'envolaient par les fenêtres ouvertes pour se perdre, le plus souvent, dans la nuit.

 

Ce qui n'empêchait pas les enfants de dormir profondément sur cette joyeuse musique.

 

Un an passa, puis un autre.

 

Dans la maison du bord de la mer, la paix et la tranquillité régnaient.

 

Ils n'en étaient pas de même dans le monde.

 

Des bottes allemandes résonnaient à l'est, menaçant la Pologne. 

 

Le 1er septembre 1939, les troupes allemandes occupèrent Danzig

 

Le 4 Septembre 1939, la France déclara la guerre à l'Allemagne en vertu d'un traité d'assistance militaire envers la Pologne, suivie par la Grande Bretagne

 

Jean fut rappelé sous les Drapeaux.

 

520.000 français sont évacués des zones frontalières comprises entre la ligne Maginot (fortifications militaires construites par la France le long de ses frontières avec la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne, la Suisse et l'Italie pour la protéger des invasions allemandes) et l'Allemagne.

 

La famille regagna aussitôt la France à bord du paquebot Désirade, débarquèrent à Marseille après  un mois de traversée et se rendirent à Perpignan chez les parents de Rose, Marie Thérèse et Michel Louvette.

 

Michel était ce qu'on l'on appelle un bel homme. Grand, fière prestance, portant bien l'habit, il dominait sa femme  de part sa stature et de par son caractère.

Marie Thérèse était une femme menue, réservée, d'un abord un peu revêche mais qui cachait un grand cœur sous des habits sévères. Elle était très pieuse ce  qui lui valait, méchamment, le nom de "grenouille de bénitier."  Elle le savait ! Elle en riait ce qui était une preuve d'intelligence.

 

Ceux ci occupaient un grand appartement de 4 pièces dans une maison à 3 étages adossée aux remparts de la ville. Côté rue, il était au premier étage et l'autre côté faisait rez de chaussée qui donnait sur une terrasse avec accès au chemin de ronde des remparts de la ville.

 

Perpignan possède un riche patrimoine architectural datant de la période Moyen Age jusqu'à la période contemporaine. 

C'était l'ancienne capitale des  Rois de Majorque dont le palais-forteresse du 15ème siècle, entouré de jardins et qui domine la ville, attirait de nombreux visiteurs.

La ville est protégée par des remparts construits par Vauban, au 15ème siècle lorsqu'elle fut convoitée par l'Espagne .

Au 20ème siècle, la municipalité en place  a décidé de démolir ces remparts dans le but d'aérer le centre et pouvoir étendre la ville sur la plaine du Roussillon. 

Il n'en reste plus que quelques vestiges.

La ville a conservé, tout de même, sa très célèbre porte d'entrée : Le Castillet ! flanqué de deux grandes tours de chaque côté de la porte et d'une petite tour surplombant l'ouverture en arc de cercle.

Il a servi de prison au temps de Louis IX et l'on murmure même que le masque de fer y aurait séjourné avant son transfert à l'île Ste Marguerite ce qui a contribué à sa célébrité

 

Le 21 Novembre 1939, Jean, nommé Capitaine, rejoignit son bataillon pour une destination inconnue.

 

La vie s'organisa à Perpignan. 

 

Michèle faisait l'admiration de son grand père alors que Joséphine amusait sa grand mère avec ses mimiques et ses questions continuelles tant elle était déjà curieuse de tout savoir.

 

Un jour que Joséphine regardait sa grand mère prendre un œuf pour l'ajouter à la farine destinée à la préparation d'un gâteau :

 

"Mamie c'est quoi !"

 

"Cà ! ? c'est un œuf ma chérie ! Cà vient de la poule et on peut manger ce qu'il y a dedans. Tu as bien mangé des œufs au plat et bien c'est çà et là je vais le mettre dans la farine pour faire le gâteau !"

 

"Mamie pourquoi on a pas une poule ?" dit Joséphine les coudes sur la table en regardant sa Mamie l’œil à demi fermé

 

"Une poule ! Mon Dieu Seigneur et qu'est ce qu'on en ferait et d'abord où on la mettrait. Et puis, il faut la nourrir, lui donner du grain ! Non ! non Joséphine il n'y aura pas de poule ici !"

 

C'est ainsi que quelques jours plus tard, on vit une poule courir sur la terrasse ! 

 

Joséphine était ravie de lui donner son grain. Elle reçut, ainsi, son premier cours de science physique en constatant que l’œuf sortait de la poule et comment.  Tous les matins, elle venait une aiguille à la main faire deux petits trous de chaque côté de l’œuf encore tout chaud qu'elle venait de ramasser et en gobait le contenu avec délectation.

La poule la connaissait bien et il arrivait parfois de la voir courir derrière l'enfant qui riait aux éclats. C'était un jouet bien plus intéressant que ses peluches  

 

Elle avait un petit copain qui s'appelait Jeannot. Elle l'appelait Nono. Il habitait la maison d'à côté. Ils étaient souvent ensemble car la Maman de Jeannot était absente toute la journée et le confiait à Marie Thérèse.

On ne savait pas trop ce qu'elle faisait mais il était préférable de ne point s'en préoccuper

C'était une femme très élégante et très jolie, toujours bien habillée et bien coiffée mais très discrète. Elle partait tous les matins de bonne heure et ne rentrait que le soir.

Elle avait demandé un jour à Marie Thérèse si elle pouvait s'occuper de son fils car son travail ne le lui permettait pas.   

Marie Thérèse avait accepté volontiers sans poser de questions surtout que le garçon du même âge que Joséphine était très gentil.

 

Michèle, elle, considérait Jeannot comme un bébé et ne venait jamais troublé les grandes conversations que les enfants avaient, assis côte à côté, sur les marches des escaliers qui menaient de la terrasse  au chemin de ronde des remparts.

 

Un matin qu'ils étaient assis à leur place habituelle, Nono regarda Joséphine en se triturant les mains :

 

"Mon papa ! il est à la guerre et le tien ?"

 

"Le mien aussi ! ... C'est quoi la guerre ! "

 

Nono se grattait la tête :

 

"Ben ! la guerre ! c'est comme si tu as un jouet et que moi je veux te le prendre et que toi tu veux pas ! C'est Maman qui le dit. Alors on se tape dessus !"

 

"C'est pas gentil ! j'aime pas qu'on me tape dessus !"

 

"Oui ! moi non plus j'aime pas ! Viens on va jouer !"

 

"Tu veux que je te donne mon jouet ? "

 

"Non pourquoi ?"

 

"Tu le veux pas ?

 

"Non, je le veux pas, il est à toi ? Pourquoi tu veux me le donner ! "

 

"Ché pas ..........!" et voyant Nono courir Joséphine le poursuivit ayant déjà oublié cette importante conversation.

 

Un autre jour :

 

"Quand je serai grand, je serai un savant !

 

"C'est quoi ! un savant !

 

"Un savant, c'est celui qui sait plein de choses !"

 

"Comme quoi ! "

 

"Ben ! comme quand tu peux répondre qu'on te pose une question et que tu sais pas !"

 

"Eh ben moi je serais tutrice ! comme çà je pose les questions que je sais pas ! "

et après un temps de réflexion :

"Ma sœur elle va à l'école. Elle a une tutrice qui pose plein de questions. Elle a dit à Maman qu'elle voulait plus allé......

Je veux plus être tutrice !"

 

Ainsi les jours passaient

 

Rose s'absentait souvent et ses parents attendaient toujours son retour avec inquiétude. Joséphine sentait bien qu'il se passait quelque chose mais n'osait rien dire

 

Le 10 mai 1940 l'Allemagne envahit la France, la Belgique, le Luxembourg, pourtant neutre, et les Pays Bas 

 

Un matin, très tôt, on sonna à la porte. Un soldat venait apporter une lettre que Rose ouvrit fébrilement, la lut et se tournant vers ses parents les larmes aux yeux : Jean a été fait prisonnier. On l'a transféré au Camp Oflag D4 d'Howesyerda près de Dresde en Silésie

Puis elle courut s'enfermer dans sa chambre.

 

C'était le 13 Juin 1940.

 

Tout le monde était triste et Joséphine se réfugia dans les jupes de sa grand'mère :

 

"Dis ! Mamie Thé ! Pourquoi elle pleure Maman !"

 

"C'est rien, ma Chérie ! C'est ton papa, il ne va pas revenir tout de suite !"

 

"Pourquoi ? Je veux mon Papa! "

 

"Il va revenir mais pas tout de suite : allez viens, on va faire des beignets, tu vas m'aider, tu veux !"

 

Joséphine renifla dans sa manche et suivi sa grand mère dans la cuisine et oublia bien vite ses inquiétudes en se barbouillant de farine pour aider sa grand mère.

 

Tous les soirs, Rose emmenait ses filles dans sa chambre et leur parlait de leur papa qui les aimait et qui allait bientôt revenir et ce disant, elle prenait un portrait qu'elle avait de lui sur sa table de nuit :

 

"Allez, on dit au revoir à papa et on fait un bisou avant d'aller dormir !"

 

C'était les seuls moments où Joséphine et Michèle voyaient leur mère qui les menait ensuite dans leur chambre,les mettait au lit, les couvrait et les embrassait avant d'éteindre la lumière.

 

Une nuit, alors que les bottes allemandes claquaient sur les pavés comme des coups de tonnerre, Joséphine se précipita dans le lit de sa grand mère :

 

"Mamie, Mamie, j'ai peur, j'ai peur !"

 

"Calmes toi ma chérie !, allez calmes toi !, ce n'est rien !, c'est des messieurs qui passent dans la rue mais ils vont s'en aller"*

 

Et Joséphine finissait la nuit dans le lit de sa grand mère.

 

On ne voyait plus Nono ni sa Maman !

 

Et un jour, Joséphine, toujours à l’affût de ce qui se passait autour d'elle, sa curiosité toujours en éveil, entendit sa maman et sa grand mère chuchoter :

 

"il parait q'elle a été arrêté, elle travaillait pour la résistance. Ils ne sont pas arrivé à lui faire avouer les noms de ses amis. Il parait que le petit Jeannot a été torturé devant sa mère pour qu'elle avoue. Je les ai vu qu'ils les amenaient ! Dieu sait ce qu'ils vont devenir !."

 

Elles s'arrêtèrent voyant que Joséphine les observait, ses grands yeux plein d'interrogation

 

"Où il est Nono ? Pourquoi, il vient plus ! Pourquoi je le vois plus ! Dis maman, Dis mamie !"

 

"Ton copain a quitté Perpignan, ma chérie, dit Rose en la prenant dans ses bras, avec sa Maman  !"

 

"Pourquoi, il est parti ! je veux pas qu'il parte, c'est mon copain ! "

 

Tout en reniflant, les larmes coulaient sur ses petites joues et sa maman eut bien du mal à la consoler.

 

S'en vint, l'hiver, puis le printemps, l'été et puis l'automne.

 

Le 1er Septembre 1942, Joséphine fit, avec sa soeur, sa première entrée scolaire à La Pension Maintenon de Perpignan, tenue par des religieuses,, celle ci ayant une excellente  réputation en matière d'éducation.

 

La pension se situait en plein centre ville.

Il y avait une entrée principale qui donnait sur un grand parc autour duquel  deux magnifiques  bâtiments en pierre du 12ème siècle, munies de grandes fenêtres à petits carreaux. servaient, l'un

de réfectoire, de dortoir et de salles de classe, l'autre de logements pour les sœurs.

L'entrée des élèves se faisait par une petite porte, située à l'opposé de la grande porte d'entrée, qui donnait sur une impasse.

Derrière la porte, sur la droite, il y avait une petite maisonnette réservée à la sœur surveillante. C'était elle qui était chargée de contrôler l'entrée et la sortie des élèves.

Chacune d'elle devait passer devant, dire "bonjour ou au revoir ma sœur" en faisant une petite révérence et  saluer en ôtant le petit béret censé protéger les cheveux 

Joséphine était très fière d'arborer la tenue obligatoire de la pension : chemisier blanc ornée d'un petit nœud bleu marine, jupe plissée marine, chaussettes blanches, souliers noirs et le petit béret bleu marine gansé de blanc

Ce n'était pas du tout du goût de Michèle qui avait horreur de porter les mêmes choses que les autres et surtout pas cet horrible béret qui l'a décoiffée et qu'elle ne posait sur sa tête que  juste avant de passer la porte d'entrée

 

Les salles de classe était très spacieuses, bien éclairées et ne contenaient, chacune qu'une vingtaine d'élèves.

Avant de rejoindre leurs place, les élèves devaient présenter leurs mains propres sous peine d'être punies,

Il fallait dire la prière avant de travailler, il fallait aller aux vêpres à 17 heures avant de rentre chez soi, il fallait chanter des cantiques

Les sœurs imposaient par leur tenue et leurs attitudes sévères et les élèves ne pipaient mot. Ils obéissaient au doigt et à l’œil comme s'il avaient été hypnotisés par une puissance supérieure.

 

La maîtresse de Joséphine avait le même prénom. C'était une femme, grande, bien enrobée, qui avait un doux visage rempli de bienveillance.

Elle se prit d'affection pour cette petite fille aux yeux bleus si clairs qui, du haut de ses 7 ans, la regardait avec une attention de grande personne.

 

Dans cette ambiance religieuse et stricte, Joséphine se sentait vouée à de grandes choses. Quand elle serait grande, elle irait soignée les lépreux en Afrique.  

 

C'était une enfant studieuse qui ramenait fièrement toutes les semaines, le ruban rouge et blanc qui la désignait comme la meilleure élève de sa classe.

 

Les années passèrent. Joséphine grandit dans un France occupée qui ce qui ne la préoccupait outre mesure car elle n'en ressentait pas les effets.

 

Michel, son grand'pére tenait le rôle de comptable dans les villages avoisinants ce qui permettait au commerçants de faire du marché noir tout en présentant aux autorités compétentes une déclaration bien conforme et judicieusement élaborée.

En retour Michel recevait une récompense bien souvent en nature et revenait à la maison avec un cochon, des poulets, de la charcuterie, des légumes, du vin selon le commerçant qu'il aidait.

Il faisait sa tournée en vélo avec une petite remorque derrière. Il avait installé une petite chaise sur la roue arrière et amenait Joséphine les weekends et jours de vacances scolaires.

Souvent aussi ils allaient à la pêche et Joséphine était chargé de ramasser les vers  qui servaient à attraper le poisson. Elle les trouvait dans la terre et les ramenait triomphalement toute heureuse de rendre ce service. Ils étaient tout rouges et très longs et quand on les mettait sur l'hameçon, ils bougeait encore. Joséphine, fascinée par ce spectacle, s'asseyait auprès de son grand'père en silence. Non seulement, il était peu causant mais il ne fallait pas parler pour ne pas effrayer le poisson. Et Joséphine passait des heures au calme dans cette nature où l'on n'entendait que les cigales chanter.

 

Elle ne voyait guère sa Maman que le soir. C'est sa grand'mère qui lui faisait faire ses devoirs et s'occupait d'elle. Son grand'père avait beaucoup plus d'attention pour sa sœur mais elle n'en prenait pas ombrage puisque c'est elle qu'il amenait lorsqu'il s'absentait soit par devoir soit par plaisir.

 

En grandissant, Joséphine prit part aux activités du ménage et de la cuisine.

Quand le grand père ramenait le cochon, il fallait le préparer. C'était long, çà durait toute la journée et des fois jusque tard dans la nuit.

C'était un peu dégoûtant tout ce sang et ses boyaux que l'on triturait avec les mains pour en faire des boudins et des saucisses

Joséphine prenait un tel air que même le grand père ne pouvait s'empêcher de rire

 

Elle n'entendait guère parler de ce qui se passait en France ou dans le monde et la vie se déroule aussi normale que possible.

 

Et puis, un jour, Rose, qui était partie de bonne heure le matin, entra, toute excitée, sur le coup des onze heures  

 

"Maman, Papa,la guerre est finie et  çà y est ! l'armée américaine dirigé par le Général Patton a libéré le camp où Jean était prisonnier. Actuellement, Jean est à Strasbourg. Il va bientôt arrivé."

 

Tout le monde s'embrassait et Rose prit ses filles dans ses bras : 

 

"Papa va revenir !Il va bientôt être là mes chéries"

 

C'était le 6 Mai 1945

 

Joséphine ne savait que penser ! Son Papa, ce monsieur qu'elle ne connaissait pas finalement. Oui !

Maman en parle beaucoup ! Bon !